Le fairlight n'est plus ce qu'il était

Je me vois dans l'obligation de publier à nouveau un billet nostalgique.

À l'heure où Jean-Michel Jarre sort un nouvel album un brin rétro (Electronica 1 : The time machine, sorti le mois dernier), je repensais soudain à mon état d'esprit d'adolescent, dans les années 88-90, quand j'avais l'âge qu'ont mes enfants aujourd'hui.
Je m'intéressais de loin à la musique, et après avoir entendu et vu les murs de synthétiseurs de Jean-Michel Jarre, un fond déjà geek m'attirait irrésistiblement vers les instruments électroniques, dont je cherchais volontiers les images dans les "Sciences et Vie Micro" que je feuilletais à la bibliothèque avant de remonter au lycée.
Le nec plus ultra à l'époque, c'était le fairlight :



C'était un bidule hors de prix (15 à 20000 livres sterling de l'époque) utilisé en France par Jean Michel Jarre, bien sûr, mais popularisé paraît-il par Daniel Balavoine. La rolls des synthé, qui me faisait inexplicablement rêver de sons inexplorés. À L'époque, ça fait bizarre de le dire, mais il y avait vraiment de "nouveaux sons". Des trucs sortis de nulle part, qu'on ne pouvait pas produire avec des instruments classiques. Des sons qui, lorsque vous les entendiez pour la première à la radio, vous laissaient une drôle d'impression extra-terrestre et surnaturelle. Je lisais dans cette interview récente de Jean-Michel Jarre (à lire absolument), qu'en composant Oxygène, il n'avait nullement eu l'intention de représenter un thème spatial. Pourtant, pour moi et sans doute beaucoup d'autres gosses de l'époque, sa musique évoquait des combats spatiaux à coups de canons lasers et des déplacements dans l'hyperespace à la vitesse de la lumière. Bref, c'était une porte ouverte vers des horizons inexplorés, lointains, infinis. Une promesse d'un avenir brillant de technologie. Ceux qui ont vu l'Exoconférence, le dernier spectacle d'Alexandre Astier savent que le futur ne tiendra pas ces promesses...

Dans d'autres domaines que la musique, on avait le même phénomène, ceux qui s'intéressaient aux bagnoles pouvaient par exemple rêver devant la Ferrari Testarossa, ou même devant des modèles plus futuristes encore dont on trouvait des photos dans les magazines dédiés, comme la Vector avec sa vitesse de pointe annoncée à 320km/h :



En informatique, c'était le Mega ST qui me faisait envie puis l'Atari TT, et dans une autre dimension, le Cray One, un super ordinateur produit en 16 exemplaires seulement, il faisait 5 tonnes, et avait la puissance... d'un micro-ordinateur des années 90...

Je ne sais pas ce que sont les rêves de mes propres enfants. Peut-on encore être ou devenir geek alors que toutes ces promesses d'avenir radieux sont entachées d'autant de limites devenues si contraignantes ?
Je doute que les nouveaux instruments qu'on invente aujourd'hui permettent un saut technologique tel que celui apporté par les synthétiseurs. Les voitures de sport ou de luxe se heurteront fatalement à la pénurie de pétrole, ou d'énergie qui nous pend au nez, sans parler des émissions de CO2 dont on n'avait que faire dans les années 80.
Les ordinateurs eux-même qui ont suivi la loi de Moore comme prévu (mais devraient rencontrer eux aussi une limite), ont souffert parallèlement de la loi de Wirth : "les programmes ralentissent plus vite que le matériel accélère". Autrement dit, on ne sent plus vraiment les sauts technologiques et la créativité des programmeurs n'est presque plus limitée par la technologie. Là aussi, l'horizon est beaucoup moins prometteur, on est dans le business as usual et plus dans la rupture.

Plus j'y repense, plus cela m'attriste d'imaginer que mes enfants ne ressentiront pas ce que j'ai ressenti en feuilletant ces magazines, en voyant ces photos, en imaginant ces perspectives. Après tout, je pensais vraiment qu'on serait un jour tous équipés de Rocketbelt comme je l'avais vu dans l'Homme qui tombe à pic. Et je rêvais aussi en voyant Heather Thomas (Jody), mais ça aussi, ça m'est passé :

 

Chienne de vie...

Commentaires

1. Le jeudi, 12 novembre 2015, 13:40 par Changaco

Tu vois les choses beaucoup plus noires qu'elles le sont vraiment. Certes on a des problèmes, notamment d'énergie et de climat, mais on a aussi des solutions potentielles, et plein de rêves qui pourraient devenir réalité dans un futur pas si lointain.

À lire (oui c'est long et en anglais) :
- https://medium.com/the-ready/back-t...
- http://waitbutwhy.com/2015/06/how-t...
- http://waitbutwhy.com/2015/08/how-a...

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