Parmi les choses dont on ne se rend pas bien compte, avec le réchauffement climatique, et les impacts de nos gestes quotidiens sur icelui, il y a l'augmentation de productivité fantastique des cinquante dernières années.

Les libéraux ont beau dire que le travail est un tout qui ne se partage pas, au bout d'un moment quand il ne faut plus qu'un bonhomme pour faire le boulot de dix, forcément que cela a des conséquences sur le chômage ainsi que sur la "pression" que l'on peut ressentir au travail.

Prenons l'exemple bidon d'un cantonnier qui travaillait avec quatre de ses compères à l'entretien des routes, tous équipés d'une simple pelle. Si l'un d'eux était malade, ou fainéant, ou allait pisser, les quatre autres supportaient temporairement sa charge de travail, sans grandes conséquences.
Aujourd'hui, un seul homme aux commandes d'un tracto-pelle multifonctions fait le même boulot que ces cinq là, en plus du déneigement l'hiver et d'autres travaux secondaires qui étaient réalisés par d'autres personnes encore auparavant. Pire : ce super-cantonnier se paye le luxe d'avoir des pauses réglementaires, un temps de travail réduit, et quiconque l'observera pendant une journée de travail se dire qu'il y a de nombreux temps morts qui pourraient être encore optimisés.
On oublie vite qu'en son absence, ce sont toutes ces tâches qui ne sont plus accomplies, et compte-tenu que dans le même temps, la circulation sur les routes a été multipliée par dix ou cent, que des entreprises à chaque bout de la route fonctionnent en "juste à temps", que les touristes eux-mêmes font tourner l'économie en empruntant cette même voie... Tout a pris des proportions considérables et notamment, la responsabilité de ce travailleur.

On peut décliner cet exemple, certes un peu caricatural, à toutes les branches professionnelles, ce qui nous a conduit à la situation fort enviable que nous connaissons : quatre millions de chômeurs pour vingt ou trente millions de gens qui bossent, chacun pensant qu'il se sacrifie pour que l'autre moitié puisse vivre correctement.

À défaut de partager le temps de travail, on a multiplié les emmerdes : les uns, sans emploi, sont dans l'incapacité de se construire une vie correcte puisqu'ils n'ont et n'auront peut-être jamais de revenus fixes, sont balancés de formations en remise à niveau, et déconsidérés par la société. Les autres, payent des impôts pour permettre le paiement des allocations des premiers, tout en subissant la pression toujours plus forte de la nécessaire productivité.

Ces mauvais choix obéissent bien sûr à une stratégie mûrement réfléchie qui, si elle ne profite pas au plus grand nombre, profite évidemment aux plus riches. Eux seuls sont à la fois débarrassés des contraintes de la recherche d'emploi et l'augmentation de la productivité. Des problèmes triviaux qu'ils laissent volontiers aux basses couches populaires, qui en plus, s'entredéchirent à ce sujet en se trompant d'ennemi.
Une classe dominante qui possède par ailleurs les médias, qui fournissent des analyses toutes faites et prédigérées de ce mal-être général : c'est la faute aux chinois, aux arabes, aux roms, aux fonctionnaires, aux <insérer ici n'importe quelle minorité qui vous arrange>.

L'être humain ayant énormément de mal à se mettre à la place de la minorité et se sentant flatté dès qu'il appartient à une majorité, on n'est pas prêt de voir le bout de ce vortex idiot.

Commentaires

1. Le lundi, 2 mai 2011, 23:10 par Stef

"c'est la faute aux chinois, aux arabes, aux roms, aux fonctionnaires, aux <insérer ici n'importe quelle minorité qui vous arrange>."

Tu aurais pu mettre "les peintres en batiments", ça fait longtemps que tu leur fout la paix ! ^^

2. Le mardi, 3 mai 2011, 08:18 par Merome

@Stef : La vache, c'est vrai que je les avais oubliés ceux-là. Me rappelle même plus quelle tare génétique je leur avais supposément trouvée...

3. Le jeudi, 5 mai 2011, 00:15 par Stef

Tiens en recherchant l'origine du truc, je suis retombé la dessus, discussion de 70 posts gratinés, vers le 50e ça devient du vrai délire, t'en avait recruté un bon : il poste plus tigrou ici ? C'est presque dommage...

http://merome.net/blog/index.php?po...

4. Le jeudi, 5 mai 2011, 14:04 par Merome

@Stef : c'était même pas de ma faute : c'est Arnaud qui a introduit la notion de peintre en bâtiment. En tout cas, c'était effectivement un grand moment du blog, merci de nous l'avoir rappelé :)

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