Un des paradoxes de la démocratie, c'est le fait que tout ce qui est autorisé, est récupéré et renforce le système en place.

Je ne sais pas comment font les gens très engagés, pour ne pas sombrer dans la mélancolie voire la déprime au lendemain de chacune de leurs actions collectives, quand ils se rendent compte que rien n'a changé.
Nous avons la chance d'être dans une démocratie, et à ce titre de pouvoir nous exprimer à peu près librement, et d'avoir un certain nombre de droits qui nous paraissent naturels, même s'ils font presque figures d'exception au niveau mondial. Malgré cela, l'inertie du système est forte et je ne suis même pas loin de penser qu'il (le système) est auto-entretenu par toutes les dépenses d'énergie de ceux qui luttent contre.

Prenez les mouvements sociaux, par exemple, qu'on appelle communément "grèves". Nous avons le droit de grève et les français en usent,. certes moins que d'autres, mais régulièrement.
Pour chaque grève, combien d'acquis sociaux défendus ou obtenus, mais d'un autre côté, combien d'usagers "pris en otage" ou de libéraux confortés dans leurs idées ? La grève serait bien plus efficace si on n'avait pas le droit de la faire, en fait. Encadrée, préparée, préavisée, la contestation devient un rituel presque aussi inutile qu'une élection. Une sorte de comédie ou chacun est bien dans son rôle. Le syndicaliste conteste, le gouvernement ou la direction plie mais ne rompt pas. Chacun retourne ensuite à ses petites occupations, mais l'essentiel n'a pas changé. La logique qui a abouti au conflit reste la même.

Je parlais des élections, voilà une belle invention pour donner l'illusion que l'avenir est entre nos mains. Les bulletins nuls ne sont même pas pris en compte ! Et comme la sélection, officielle ou non, des candidats est fortement biaisée, le choix est vite fait.
D'une manière générale, je prends conscience, en vieillissant, que tout ce qui est contestataire est rapidement perverti. Tout est récupéré, et recyclé en machine à abonder dans le bon sens. Les artistes les plus critiques sont rapidement intégrés dans l'establishment qui leur a d'ailleurs permis d'éclore. Renaud serait inconnu si une maison de disque n'avait pas senti qu'on pouvait en faire du pognon et aujourd'hui, que reste-t-il de son engagement ? Les groupes de rap les plus revendicatifs cherchent aussi à maximiser leurs ventes de disques, ou alors, restent à la marge du système, inconnus du grand public.

Dans l'entreprise, ce sont les méthodes modernes de management qui s'assurent que tout reste bien en place et que toute rébellion sera convenablement signalée et encadrée. Les séminaires avec tour de table ou chacun prend la parole sont le meilleur moyen de tuer dans l'œuf tout embryon de contestation, tout en se targuant d'être à l'écoute de ses employés. Lorsque les idées défendues sont trop subversives, on utilise l'effet de groupe pour rallier la majorité à sa cause, en montrant la désolante imbécillité des propos qui ont été tenus.

J'en conclus, mais j'aimerais en débattre avec vous, que la désobéissance se doit d'être individuelle. Il faut cultiver l'art du contrepied et être là où on ne nous attend pas. En utilisant les outils "démocratiques" mis à notre disposition, on ne fait que conforter les pouvoirs en place et le système actuel. Cela dit, je ne prône pas de verser dans l'illégalité, mais plutôt de s'engouffrer dans les failles qui existent pour montrer par l'exemple que d'autres choses sont possibles. Un travail de sape lent, mais régulier, pour déstabiliser un édifice qui finira par chanceler.

Commentaires

1. Le samedi, 1 mai 2010, 10:49 par Le Monolecte

Je confirme, les gens engagés sont très déprimés... et très énervés!
Après, le problème du travail se sape à long terme, c'est que nous manquons cruellement de temps.
Je sens l'exaspération qui monte, forte, puissante, partout... et ça ne me réjouis pas plus que cela, tant nous manquons d'utopie pour guider nos luttes, toujours sur la défensive, jamais dans l'initiative.

2. Le samedi, 1 mai 2010, 11:16 par Marc Anciel

Tant qu'on continuera à se tromper d'adversaire, à croire que ce sont les élus qui détiennent le véritable pouvoir, effectivement on continuera à foncer dans le mur.
Les gouvernements sont totalement soumis aux entreprises. Avec la globalisation, si on fait une réforme qui tend à diminuer leur pouvoir, les entreprises se barrent, et si les entreprises se barrent, c'est la crise, le chômage, le cauchemar...
Il faut arrêter d'espérer. Il faut mieux consommer. Il faut arrêter avec la culture de l'argent et de la compétition. Il faut développer les entreprises auto-gérées, les associations d'entraide. Il faut cracher sur les médias mainstream et adopter les médias indépendants et alternatifs. Il faut inculquer à nos enfants un véritable esprit critique, leur apprendre à faire le tri dans la masse d'informations qu'on reçoit tous les jours à la louche.
Il n'y a que de cette façon qu'on peut construire un monde meilleur.

3. Le samedi, 1 mai 2010, 11:28 par plumette

Bonjour à tous, j'espère que vous viendrez nombreux pour signer ma pétition; je ne suis pas une personnalité connue et n'entend pas le devenir; je suis une femme simple avec un grand cœur, suis consternée par ce qu'est devenu mon pays, j'aimerais que nous soyons tous unis contre la manipulation des médias et des politiques. Bonne continuation à vous tous et merci à ce blog d'exister.
http://www.petitionduweb.com/contre...
si le lien n'aboutit pas, allez sur le site petitionduweb.com rubrique: politique titre de la pétition: contre les guerres coloniales.

4. Le samedi, 1 mai 2010, 11:34 par Laurent

Pourquoi rester dans la légalité ? Quand la loi est injuste il faut la combattre. Faucher un champ d'ogm est illégal, pourtant c'est juste (à mon avis bien sûr). Rester dans la légalité conforte aussi le pouvoir en place... Et pour finir je pense que la désobéissance peut aussi être collective (par groupe, en opposition à individuelle), elle peut dans ce cas être plus visible...
Mais comme Monolecte je pense aussi qu'on à peu de temps, et que les forces en face (multinationales, banques, état) vont plus vite dans leur travail de sape que toutes les actions qu'on peut mener en désobéissant. Mais je suis un utopiste, et j'y crois.

5. Le samedi, 1 mai 2010, 13:17 par Getting Things Done

Non mais ça, c'est valable pour tout... C'est demander à d'autres personnes (qui sont censées avoir la responsabilité) de faire les choses.

Il faut avouer que ça ne fonctionne pas souvent (que ce soit en demandant gentiment, ou pas) : il faut que soit ces responsables soient très serviables, qu'ils aient le sens du devoir, des responsabilités... ou que soit ils aient un intérêt personnel.

Je crois, malheureusement, que si on veut que les choses soient faites... on est obligé de faire comme si ces personnes n'avaient pas les responsabilités (qu'elles étaient "irresponsables"), bref, ne pas respecter la "répartition des rôles". Parce que si ces personnes ne font pas leur devoir, on est bien obligé de s'attribuer des droits.

Alors, soit on fait les choses à leur place (et on s'arrange aussi pendant ou après pour ne pas "payer" à leur place). Ou, soit on fait quelque chose qui les pousse à réagir... là, en général, l'inertie ne tient pas très longtemps ! Dès qu'il y a des intérêts personnels...

Ça, c'est valable à toutes les échelles : entre deux personnes, ou à l'échelle d'un état.

6. Le samedi, 1 mai 2010, 16:26 par Deca

Merci pour ce billet...en même temps on s'aperçoit que ceux qui essayent de faire bouger les choses autour de nous ont un rayonnement et une influence qui porte efficacement à un niveau local. Je pense qu'il faut partir localement, agir à une échelle "raisonnable" afin de ne pas gaspiller nos forces au risque de nous épuiser pour arriver au découragement. Je pense notamment à ceux qui se lancent dans les AMAP, dans les associations de consommateurs locales de soutien aux agriculteurs bio...

7. Le samedi, 1 mai 2010, 19:06 par Lolo

Moi j'ai décidé de mettre mes pratiques en cohérence avec mes valeurs la: http://www.on-avance.fr/fr/pourquoi...
Si chacun refuse l'inacceptable, de nombreuses structures, sociétés, organisations disparaitront. Personne n'a jamais été forcé de travailler ici ou la. Ce sont des choix de vie. Bien-sûr les choix impliquent souvent une vie plus modeste mais tellement plus épanouissante et joviale. Plus de fierté. Plus de satisfaction.

Le silence de la pensée est souvent achetée par un salaire conséquent. Encore que... même plus. Mais rien, absolument rien ne nous contraint si ce n'est nous- même. Nous sommes convaincus que la solution est ailleurs. Que ce sont les autres qui doivent faire autrement. Erreur, tout part de nous... nous sommes tous l'autre de l'autre. Alors autant commencer pa la où nous avons réellement prise: changeons-nous nous-même.

Je propose la lecture de cet intéressant essai: Tentative d'assassinat du bourgeois qui est en moi" de Yann Kerninon. Une analyse très actuelle du problème souligné dans cet article. Mais pas que.

8. Le samedi, 1 mai 2010, 22:52 par Minas

Je vous suggère la lecture de la fabuleuse bande dessinée intitulée "SOS Bonheur" par Griffo et Van Hamme chez Aire Libre/Dupuis.

C'est vraiment une lecture qui inspire réflexion et permet de regarder certains "contestataires" d'un oeil nouveau.

Je ne vous en dit pas plus, ce serait gâcher le plaisir que vous trouveriez en lisant ce chef d'oeuvre : http://airelibre.dupuis.com/albums/...

9. Le dimanche, 2 mai 2010, 01:05 par Kali

Nous sommes des optimistes contrariés... Si nous avions une planète aux richesses inépuisables, mais voilà maintenant c'est aussi le temps qui joue contre nous...
Initiative individuelle ET collective... J'étais un mois en Palestine-Israël l'été dernier (ben déjà comme initiative consacrer deux semaines de ses vacances pour voir ce qui se passe, passer derrière le mur et écouter encore et encore... par moment je disais au palestiniens que les gens comme moi ne servent à rien... Tous me rétorquaient non si tu arrives à convaincre une personne elle en fera peut être de même... Bref cette été deux potes et une copines y vont...)... collective car rien ne fait plus peur au régime israélien que les pacifistes que j'ai pu croiser, plus encore parce que ces derniers ont des israéliens à leur côté (une minorité toute petite minorité mais c'est quelque chose!) et justement la propagande veut qu'il n'y ait pas de communication entre ces deux peuples... Pour ma part je pense que j'ai vu les miettes de Palestine, ses restes, c'est finit... Mais je ne pense pas que le projet sioniste puisse se réaliser et c'est tant mieux. je le pense le cœur noué non pour les sionistes, mais pour tous ces gens qui souffrent, notamment côté palestinien... Ben oui on ne peut pas mettre sur un pied d'égalité le sort des palestiniens et des israéliens...
Quand à nous ici, il faut commencer par s'intéresser vraiment à ceux qui tentent de changer les choses et de dénoncer les injustices et vaincre cette peur issue d'une propagande efficace, la vrai contestation est toujours dégommée car les gens ont peur de paraître violents, sauvages, de se faire traiter d'extrémiste et c'est ça le pire... je pense aux immigrés et aux français d'origine étrangère, aux femmes, aux prostitués, aux mal logés, aux, aux homosexuels, aux tsiganes, aux ... On demande à l'opprimé d'avoir la révolte polie... Voilà le plus atroce... Être TOLERE si on accepte de souffrir en silence.

10. Le dimanche, 2 mai 2010, 10:45 par lou passejaire

Cette multiplication des canaux d’information et des informateurs a écrêté les centres de pouvoir éditoriaux. Hier, trois cathédrales faisaient carillonner la pensée dominante  ; mille bouches numériques la chuchotent aujourd’hui, mais avec la certitude de porter la voix du maquis. ....

Ils ont pas tort , les copains du Plan B ...

on signe la pétition en ligne, et on trie ses ordures sélectivement ... on peut même adhérer à une AMAP ...
et faire du vélo , électrique bien sur ...

Juste des réactions enfantines et égocentriques ...

IRL, être présent, sans mépris, pédagogiquement , inlassablement , c'est vrai que c'est épuisant ... mais j'avais pas le choix ...

La désobéissance a rien à voir là dedans ... les ficelles des inquisiteurs libéraux du managment rénové sont grosses comme des cables de marine, suffit de filer les bonnes lunettes aux gens ... et ils les voient ...

( et au passage de démonter la tronche , virtuellement, bien sur, aux frêres précheurs de la soumission ... et c'est souvent facile à faire )

11. Le lundi, 3 mai 2010, 14:04 par CALCINE

Ca fait chaud au coeur de lire ça, et vos commentaires.
Et si on était nombreux, plus qu'on le croit ?
Et si réfléchir et parler, et écouter aussi, étaient les meilleurs moyens, dérisoires en apparence, d'avancer vers un monde où chacun se demanderait d'abord ce qu'il désire ?
Soyons déterminés à ne plus servir, et nous serons libres (merci La Boétie...).
Egaux, nous sentons bien déjà que nous le sommes tous, au-delà de nos singularités.
Alors pourquoi se presser, après tout ?

12. Le jeudi, 6 mai 2010, 12:13 par michaelov

Chacun d'entre nous est dans sa vérité, qui conforte notre système néo-platonicien qui préconise l'Utopie. Or, la Grèce qui reste le modèle ne se résume pas à Platon. Non il faut réintroduire Aristote sans oublier Voltaire et Rousseau.
En effet, les médias actuels confondent à loisir Démocratie et République: le premier signifie en grec le Peuple décide alors que second en latin signifie la Chose Publique . Le premier est un art et en tant que tel a été stigmatisé en UTOPIE alors que le second n'est qu'une organisation d'un système; ce qui caractérise la Dualité entre l'Idéal et la Réalité: notre affliction sociale.
Du coup, chacun d'entre nous balance d'un pôle à l'autre sans assumer son altérité, et le Peuple suit sans lire qu'il se cache à lui-même devant la réalité qui n'est qu' une ILLUSION , établie par ses représentants dit "élus(ues)"servant à anesthésier l'Altérité de chacun(e).
Jusqu'à quand? Et si nous réutilisions notre Intentionalité qui transforme tout et nous remet à l'écoute de Soi , de Nous, des Autres. Vaste travail n'est-il pas!

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1. Le mardi, 12 juin 2012, 05:40 par Pearltrees

Crise de la démocratie

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