Dans la famille "décroissant", je demande le père spirituel...

Bonne pioche

Je traverse une période où il m'est difficile de faire un réel effort de synthèse. Je m'excuse donc pour le vulgaire brouillon d'idées en vrac qui va suivre, les choses autour de moi vont trop vite pour mes pauvres capacités d'apprentissage.

Je rappelle aux plus distraits d'entre vous que je me considère aujourd'hui comme appartenant à la famille politique virtuelle des "décroissants". Cela consiste à dire, pour résumer, que la croissance économique n'est pas la solution, mais LE problème.
L'intérêt de cette théorie réside dans le fait que, d'un coup, tous mes points de vue sur le social, l'écologie, la politique, ... trouvent une cohérence et une consistance qui me surprend moi-même. En fait, j'ai toujours eu des affinités avec les décroissants, mais je ne m'en suis rendu compte que très récemment, quel gâchis.

Je ne vais pas m'étendre plus sur cette prise de conscience toute personnelle, d'autant que je l'ai déjà fait à plusieurs reprises, mais je tenais à témoigner des changements que cela a pu occasionné dans ma vision des choses quotidiennes, et à vous présenter mes nouveaux amis virtuels.
Dimanche dernier, j'ai profité d'une horrible journée pluvieuse pour sortir ma femme et mes enfants à la Maison de l'Environnement. Le programme était des plus excitants : démonstration de la fabrication de plaquettes de bois, puis conférence sur le chauffage au bois, et visite d'une expo dédiée à l'écologie au quotidien. Vous pensez bien que les gosses étaient très impatients de voir ça, surtout sous la pluie alors qu'ils étaient tranquillement en train de jouer au chaud dans leur salle de jeu.
Après quelques minutes d'extase devant un tracteur qui broie des branches dans un vacarme assourdissant (vous avez remarqué qu'un vacarme est toujours assourdissant ?) pour en faire des petits bouts (des miettes, dirait mon ainé), nous entrions, les pieds trempés et les doigts gourds, dans la Maison de l'Environnement.
Il faut avouer que l'expo est remarquablement bien faite, y compris pour les enfants. Et j'ai eu plaisir à y retrouver toutes les préoccupations qui sont les miennes depuis quelques mois, avec des détails pratiques forts intéressants. Tout d'un coup, je trouvais une crédibilité dans cette exposition publique qui m'a fait le plus grand bien. Ainsi donc, je n'étais plus un extraterrestre illuminé par l'écologie sur un internet par nature peu préoccupé par la chose.

En début de semaine, à moins que ça ne soit la semaine précédente, nous avons beaucoup entendu parlé des suites de Kyoto, de l'obstination des Américains à ne pas consentir d'effort, de l'effort réel mais insuffisant des autres pays. La France par exemple, s'était engagée à stabiliser ses émissions de gaz à effet de serre. Et elle y est parvenue ! Seulement, après analyse on se rend compte que c'est nullement la prise de conscience des français, pas plus que les progrès technologiques qui nous ont permis d'atteindre ce score honorable (mais je le répète insuffisant pour sauver la planète !), non, ce qui a fait qu'on a stabilisé nos émissions de CO2, c'est... L'absence de croissance économique.
Pour certains pays, jugés comme en phase de développement, le protocole de Kyoto permettait une augmentation des émissions de gaz à effet de serre. C'est le cas de l'Espagne, je crois, à qui on a toléré quelques pourcents de plus d'ici 2015, et qui a déjà dépassé le seuil de tolérance (en 2005). Je n'ai plus les chiffres exacts en tête, mais vous les retrouverez sans peine sur le web.

Quelques jours après, je prenais connaissance de la publication d'un bouquin, d'un auteur que je ne connaissais ni d'Eve ni d'Adam : Jean-Paul Besset. Il se trouve qu'il a été longtemps rédac' chef adjoint du journal Le Monde, et qu'il est maintenant rédacteur en chef de Politis. Joli bout de CV. Quelle ne fut pas ma surprise, en lisant un extrait de l'introduction, d'y retrouver, presque mot pour mot dans certains cas, des thèses et des idées que j'ai échaffaudées au fil des mois dans mon coin, avec mes réflexions personnelles et vos commentaires sur ce blog. Je ne suis bien évidemment pas en train de dire que cet homme pense comme moi, mais bien que je pense comme lui, si vous saisissez la nuance.
Et le fait que j'ai abouti à cette conclusion décroissante d'une façon toute personnelle et introspective donne d'autant plus de valeur à tout ce que je peux lire qui va dans le même sens. Cet extrait en fait partie, et pas qu'un peu...

Sur le forum de la décroissance, auquel je participe depuis quelques semaines, j'ai eu le plaisir de voir arriver en milieu de semaine, Raffa, indispensable auteure du Grand ménage. J'ai eu l'occasion d'échanger avec elle quelques mails et de défendre à ses côtés sur un forum récalcitrant le concept des noix de lavage. Son blog est par ailleurs extrêmement bien documenté, à mille lieues de ce que je suis capable de faire. J'étais admiratif de son travail avant, et la voir arriver sur un forum que je fréquente sans que cela soit une affaire concertée fut agréable.

Aujourd'hui, même, je me suis aperçu qu'une autre blogueuse, que je respecte profondément pour son travail admirable, m'avait fait l'honneur de mettre mon blog dans ses "Préférés". Le Monolecte, qui commente parfois mes billets avec délicatesse et force argumentation, ne se positionne pas, à ce que je sache, comme une décroissante. Mais je suis certain que si elle observait la chose avec attention, elle y découvrirait de nombreuses similitudes avec ses prises de position habituelles.

La blogosphère tourne et je suis dessus. Elle ne tourne pas autour de moi, bien sûr, mais j'ai l'impression qu'elle est attirée par les idées de la décroissance comme la Terre par le Soleil. Et ça me réchauffe doucement.

Commentaires

1. Le samedi, 10 décembre 2005, 19:58 par Le Monolecte

Et oui, mon Merome, je toilette régulièrement les liens de mon blog... :-D

Sinon, comme tant d'autres, je suis décroissante par force!
Rien de tel qu'un bon licenciement économique pour t'apprendre à déconsommer. C'est un tiers de tes revenus qui se font la malle d'un coup. Et quand il se trouve que tu es le "gros" revenu du ménage, tu deviens un maître de la décroissance.
Surtout quand au bout des 23 mois de chômdu, tu te rend comptes qu'il te manque moins d'un mois de travail sur les 10 dernières années pour pouvoir "prétendre" à l'ASS.
Te voilà sans rien et ton foyer a perdu près de 60% de ses revenus en 3 ans tout en gagnant un nouveau membre!

Bref, à la vitesse où la pauvreté s'installe dans ce pays et le reste du monde, je suis très optimiste sur la diffusion du modèle économique de la décroissance ;-p

2. Le mercredi, 14 décembre 2005, 12:04 par Raffa

bienvenue dans le monde réel Merome, fini les rêves voici l'action : la non consommation :)

Merci de ton petit mot me concernant.

Par rapport au bouquin de Besset, je suis en train de le finir j'ai eu le même sentiment que toi, pas sur l'intro mais sur les 2 parties qui suivent. ET chez moi c'était même plus qu'un sentiment car j'ai écrit quasiment la même chose en 1998 :) ses chiffres sont bien sûr beaucoup plus actualisés.

3. Le samedi, 24 décembre 2005, 00:23 par chambérien

Qu'il est facile de parler de consommer moins, de décroitre, quand on a tout ce qu'il faut pour vivre ! Attention le progrès, ou la régression (on devrait dire le regret ?) n'est fractionnable que dans une certaine mesure : on ne peut regretter l'augmentation de la résistance aux antibiotiques sans oublier toutes les maladies qu'ils nous ont fait (presque) oublier : peste, choléra, diphtérie, rhumatisme articulaire aigu…
Le retour à la nature et la vie au feu de bois volent en éclats à la première alerte de santé !
Et oui, le progrès a eu pour premier objectif une amélioration de notre santé, et le rallongement de notre espérance de vie (30 ans il y a 20 000 ans).
Je pense qu'il ne faut pas cracher dans la soupe, même quand elle est mauvaise, mais se demander si la soupe qu'on propose est meilleure.
"La soupe est-elle bonne ? - Non mon adjudant, elle est mauvaise ! - Je ne vous ai pas demandé si elle était mauvaise, mais si elle était bonne !"
Je ne me sens pas le courage d'aller dire à un jeune SDF qui pourrait être mon fils, qu'il consomme trop et que tous ses problèmes viennet de là…
Ceci dit, il faut continuer à essayer de rendre la soupe plus agréable !

4. Le dimanche, 25 décembre 2005, 10:25 par Merome
Méprise récurrente de ceux qui n'ont pas compris le principe de la décroissance : dans un monde décroissant, TOUT ne décroit pas. Par exemple, le commerce du recyclable et des énergies renouvelables est appelé à connaître une forte croissance économique dans un monde décroissant.
Ensuite, c'est bien l'excès et l'abus que la décroissance condamne, et non pas le progrès. Et le cas des antibiotiques peut-être utilisé dans les deux sens... Pour ce qui est de la santé plus généralement, entre les OGM, la pollution des voitures, les ondes des portables, ... Il y a de quoi se faire quelques frayeurs, et toutes sont dues à des abus...
Donc je répète : ne pas confondre "décroissance" et "anti-progrès", ça n'est pas du tout ça...
5. Le mercredi, 5 avril 2006, 11:05 par pedro

bon, j'ai toujours du mal a comprendre le concept..tu n'as pas un bouquin qui l'explique à conseiller!

6. Le mercredi, 5 avril 2006, 11:49 par Merome
Merci d'être venu Pedro :)
La décroissance, ce n'est pas la décroissance de tout et de n'importe quoi, et donc on ne demandera pas aux pauvres d'être encore plus pauvres.

Tu peux commencer par visiter les sites qui parlent de décroissance et de simplicité volontaire (à commencer par wikipédia).
Tu peux aussi regarder mon article sur la simplicité volontaire dans ce blog.

Ensuite, tu peux faire un tour sur le site du bip40 et inegalites.org qui permetten de se rendre compte que la croissance ne nous amène rien de bon.

Et puis dans cet article même, je parle d'un bouquin de Georges Besset, que je n'ai pas lu. Je n'ai pas lu non plus les bouquins de Serge Latouche, mais ils semblent aller dans le même sens. Tu peux lire aussi les bouquins de Nicolas Hulot ou Hubert Reeves, qui ne sont pas à proprement parlé décroissant, mais qui mettent en lumière le problème écologique qui se pose également.
7. Le mardi, 21 octobre 2008, 11:15 par celine

Salut. Hier soir, au cours d une discussion avec un ami perdu de vue, je me fais appeler "décroissante". Tiens... c est nouveau, ce mot-là?.. je connais la lune qui décroit... mais une personne décroissante? Alors ce matin, en cherchant "decroissant" sur google, je me retrouve ici. Voila! Alors je me réjouis d en lire plus sur le sujet, ça me parait bougrement intéressant, tout ça (meme si j ai un peu de la peine avec les termes qui regroupe les gens en une catégorie. Enfin, j ai de la peine avec les categories. Mais bon, c est un autre sujet.)Pas grand chose à dire encore, vraiment, si ce n est... que... par rapport au progrès technologique... (et cette reflexion a été introduite dans mon petit esprit suite a la vision d un docu qui s appelle Zeitgeist, "Addendum"). Et si la technologie et ses progrès devenaient propres... et si elle ne mettaient pas des familles dans la mouise financière en leur retirant ce travail dont on nous a rendu dépendant, mais au contraire, si elle abondait dans notre sens, pour notre liberté?... Je sais, ça parait un peu utopique...idéaliste, mais en un sens, ça mérite reflexion (et qui a dit que c'était mal d etre idealiste?! :)
Je vais continuer ma lecture par ici, merci beaucoup pour ce blog qui m inspire. Et très belle journée a vous!

8. Le vendredi, 15 février 2019, 12:56 par MARIE

Bonjour,
Je vois que les commentaires ont 10 ans ou plus.... Et que la décroissance est toujours un sujet "à polémiques"...... Choix ou obligation d'épurer ses dépenses, de vivre sans surplus (plus ou moins inutiles selon les personnes), revenir à la façon de vivre des nos arrières grands parents, lorsque les "grandes surfaces" et internet n'existait pas encore. A titre d'exemple : Ma grand-mère, née en 1880, lorsqu'elle était enfant n'avait que 2 robes (une lavée, l'autre portée), ne connaissait pas le coiffeur, ni les jouets (elle avait fabriqué une poupée avec "une pomme de terre, de la laine et un morceau de bois"), A Noël pas de cadeau, mais la messe....... Lorsqu'elle me racontait ses souvenirs d'enfant, elle parlait de pauvreté, pas de décroissance........ Et, j'ai l'impression que pour une "bonne partie de la population" on y revient à "une forme de pas assez de sous pour tout payer (loyer, électricité, gaz, téléphone, mutuelle, internet, impôts, voiture, essence, alimentation, loisirs, soins santé etc................En effet, le niveau de vie ne cesse de "dégringoler" pour les travailleur(ses) pauvres (que j'étais) et les retraité(es) encore plus pauvres (que je suis devenue)...... Donc vivre mieux avec moins d'argent en appelant "décroissance" refus de la société de consommation, donne l'impression que c'est un choix de vie en l'appelant ainsi...... C'est mon pont de vue...... Et j'essaye de me persuader que je peux atteindre une sérénité en supprimant tout ce que j'ai adoré auparavant (acheter sans compter chaque sous, même si j'ai toujours équilibré mon budget).... La vieillesse approchant, et les revenus qui deviendront de plus en plus en "chute libre", j'ai intérêt d'être heureuse d'être ou de devenir "la reine de la récup" "tout d'occasion""acheter exclusivement les dates limites des produits frais des supermarchés".......
Halte au gaspillage ! C'est sur ce trait d'humour, que je vous souhaite une bonne continuité....
Bonne journée
Marie

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1. Le dimanche, 11 décembre 2005, 11:36 par Le Monolecte

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