Vous approchez gentiment de l'âge que j'avais quand j'ai ouvert ce blog. Directement et indirectement, vous avez participé à ma prise de conscience sur de nombreux sujets. Aujourd'hui, vous êtes en plein désarroi sur la situation globale, entre solastalgie et éco-anxiété et j'aimerais vous donner quelques raisons de garder espoir.

La série de canicules de 2026 n'est peut-être pas encore finie que déjà vous réalisez dans vos appartements exigus et mal isolés que les choses ne pourront pas continuer ainsi éternellement.

Malgré notre situation enviable à plus d'un titre, vous ressentez comme moi chaque jour ou presque les effets des multiples crises dans lesquelles nous a poussés le capitalisme effréné : crise de l'énergie, crise écologique, crise démocratique, crise sociale... Et puisque vous avez tous une formation scientifique et un peu de jugeotte, vous savez que cela ne va pas s'améliorer tant que l'on coupe des arbres pour construire des autoroutes, tant que l'on coupe des budgets environnementaux pour installer plus de dispositifs de surveillance...

Comment encaisser tout ça et pouvoir vous projeter sur l'avenir qui est devant vous ?

Je n'ai (malheureusement) pas de baguette magique, mais j'ai des pistes qui peuvent changer, si ce n'est directement le cours des choses, au moins votre perception de la réalité. J'ai traversé comme vous ces périodes sombres où j'ai pu craindre un effondrement soudain de nos civilisations dans la violence et le chaos. L'expérience m'a appris que l'humanité est extrêmement résiliente, et les recherches sociologiques et plus généralement toute la connaissance scientifique nous donnent de nombreuses raison d'espérer. Nous (les humains) savons énormément de choses, mais pour diverses raisons, nous sommes dans l'incapacité chronique de les mettre en œuvre collectivement pour le bien de tous. Pire : notre organisation sociale et politique actuelle nous empêche par construction de piloter nos sociétés par la raison plutôt que par la quête infinie de (prétendues) richesses.

Quelques exemples pour illustrer ce propos : 

- Nous savons depuis l'antiquité que le système électif produit des aristocraties, et depuis Condorcet que le scrutin uninominal à deux tours peut produire un résultat irrationnel

- Nous savons que les piliers sur lesquels reposent toute la science économique moderne sont extrêmement friables et reposent sur des hypothèses qui ne sont jamais vraiment réunies : la loi de l'offre et de la demande, la concurrence libre et non faussée, la création monétaire par le crédit, la dette... Rien ne tient debout, mais... on fait comme si.

- Nous savons que la recherche de croissance économique perpétuelle est non seulement incompatible avec les ressources énergétiques dont nous disposons mais qu'en plus elle va de pair avec une augmentation des émissions de CO2.

- ...

Tout cela est documenté, parfaitement connu, scientifiquement prouvé et pourtant l'immense majorité des gens en cravate qui nous causent dans le poste, ceux qui prennent des décisions en notre nom, ceux que la société récompense grassement par des salaires mirobolants feignent de l'ignorer quand ils ne l'ignorent pas véritablement. Parfois même, ils discréditent la science et nous accusent de complotistes ou de factieux.

Quand j'en ai pris conscience personnellement et que j'ai partagé le fruit de mes recherches avec vous il y a près de vingt ans, nous avons cherché ensemble à mettre en cohérence ces connaissances nouvellement acquises avec nos actes. Et ensemble, nous avons peu à peu réduit autant que possible notre empreinte carbone familiale et maintenant que vous volez de vos propres ailes, vous poursuivez cet effort et je n'en suis pas peu fier, en tant que père.

Si l'on regarde l'empreinte carbone moyenne d'un français, nous avons pu faire à l'échelle individuelle et familiale des croix sur les plus gros postes d'émissions, parce qu'on avait la chance d'en avoir les moyens, bien sûr, mais aussi par notre volonté et en acceptant de sortir parfois des sentiers battus, en réduisant notre consommation globale, en achetant souvent d'occasion des objets plus respectueux de l'environnement, en partant en vacances en train, ou dans une voiture électrique bondée à une époque où il fallait être motivé pour trouver des bornes de recharges fonctionnelles.

 

Comme dirait le colibri, et même si cela n'est jamais vraiment terminé, nous avons fait notre part, et ce faisant, nous avons pu trouver un sens à nos existences et ignorer pendant un temps l'immobilisme de nos dirigeants. Mais aujourd'hui, notre action individuelle n'est plus suffisante, il faut passer à l'action collective.

L'étape d'après

Pour agir collectivement, et avoir une chance d'infléchir la tendance, de limiter les effets du changement climatique tout en permettant à nos sociétés de vivre dans la paix et des conditions matérielles confortables pour le plus grand nombre, il n'y a pas trente-six leviers d'action. Il faut s'intéresser à la politique. La politique au sens noble du terme, et donc pas seulement regarder pour qui voter à la prochaine échéance électorale, même si, on va le voir, c'est un élément cardinal aujourd'hui. Mais prenez d'abord acte que tout est politique. Depuis l'aliment que vous mettez dans votre assiette jusqu'à l'origine du pyjama dans lequel vous dormez, en passant par vos choix professionnels, vos discussions à la machine à café, vos choix de loisirs, d'habitude de vie... Et chacun trouvera une façon de s'investir qui lui convient, plus ou moins engageante, plus ou moins efficace, mais ne laissez personne vous dire que c'est vain ou dérisoire alors que des milliards de gens, ailleurs, font d'autres choix contradictoires. Soyez comptables de vos propres actes, pas de l'inconséquence (supposée) des autres.

L'important c'est de continuer à donner du sens à vos actions quotidiennes pour garder les pieds sur Terre (avec un grand T) et de prendre conscience qu'elles ont un effet, peut-être marginal, peut-être ridicule, sur l'opinion de vos amis / collègues qui vous croiseront, sur l'organisation de l'espace public, sur la forme des relations professionnelles que vous aurez... Sachez toujours expliquer pourquoi vous faites tel choix et efforcez-vous de le relier à une des valeurs ou des causes que vous avez choisie de défendre. Ceci est éminemment politique.

La conjonction des crises du capitalisme se cristallise aujourd'hui partout dans le monde et particulièrement dans le monde occidental qui a théorisé puis imposé la diffusion de ce système économique. Sur le principe de l'arroseur arrosé, les États-Unis, l'Europe se font doubler par les pays émergents qui les ridiculisent sur les modèles qu'ils avaient eux-mêmes édictés en normes universelles. La main d'œuvre bon marché, la mondialisation, le libre échange, les transports insensés de marchandises autour du globe se retournent aujourd'hui contre eux (contre nous) et leur (notre) déclassement est inéluctable.
Si, en période de croissance, il n'y a pas de mauvais managers, lorsque l'ensemble de l'économie se contracte, faute d'énergie bon marché disponible ou parce que les externalités négatives de l'activité forcenée comme les inondations, les canicules... nuisent à la bonne marche des affaires, les groupes qui sont perçus comme responsables de la catastrophe sont dégagés manu militari par les peuples. Des têtes tombent et parfois pas seulement au sens figuré.

Il y a généralement deux issues antagonistes lorsqu'un modèle d'organisation se meurt : le repli sur soi communautariste et identitaire ou l'internationalisme social. Cela se traduit, en France, par une opposition entre Le rassemblement national et la gauche radicale et écologiste aujourd'hui représentée essentiellement par la France Insoumise. Le bloc central qui va du parti socialiste aux républicains en passant par les macronistes, qui a gouverné le pays depuis près de 70 ans, avec bien sûr des variantes plus ou moins sociales ou conservatrices, est considérée aujourd'hui et pour de bonnes raisons comme faisant partie du problème.

Par le jeu magnifique du scrutin uninominal majoritaire dont je parlais plus haut, le principe du "vote utile" écrase toute possibilité de nuancer nos opinions, il convient donc de se ranger derrière un parti même si lui ou son représentant désigné ne nous convient pas tout à fait. C'est d'autant plus capital aujourd'hui que l'alternative du Rassemblement National est la seule autre option proposée et c'est celle qui a été choisie par le système capitaliste pour poursuivre son saccage environnemental et social, en ajoutant une couche de racisme et d'anti-science bien crasse. Ce serait un pas de plus vers le suprémacisme à la Trump, et d'ailleurs, Elon Musk, le même qui soutenait Trump a déclaré aujourd'hui même que le RN était le dernier espoir de la France, sachant qu'il contrôle l'un des principaux réseaux sociaux qui fabrique l'opinion, ce n'est pas très rassurant.

Cependant, les chances de la France Insoumise n'ont jamais été aussi grandes. Aux dernières législatives de 2024, les sondages et les médias donnaient le RN grand vainqueur, Bardella premier ministre, tout semblait écrit. Au final, le Nouveau Front Populaire, tiré essentiellement par la France Insoumise et son programme est arrivé en tête. Et aujourd'hui, après les multiples trahisons du PS, les multiples condamnations du RN, les multiples démonstrations des manipulations médiatiques envers la France Insoumise, et un début de campagne tonitruant sur le fond comme sur la forme, pendant des canicules révélatrices de l'impréparation des autres partis et de la pertinence du programme de la FI... Toutes les planètes semblent s'aligner.

S'il fallait illustrer cet état des lieux optimiste par un seul exemple, je prendrais la proposition de la France Insoumise de redécouper la France en éco-régions, basées sur les bassins hydrographiques. Au delà de la pertinence scientifique de la proposition, que je n'aurais pas la prétention de savoir juger pleinement mais qui semble pas totalement saugrenue (voir les témoignages de scientifique dans l'article), l'idée qu'elle véhicule, le fait de prendre les problèmes par un autre bout, de manière systémique, au moment où tout le monde peut constater les rivières s'assécher et les forêts s'embraser, c'est... rafraîchissant. Surtout, quand, de l'autre côté de l'échiquier, les mêmes qui contestaient encore le changement climatique il y a quelques mois ne trouvent que les climatiseurs à opposer à la canicule.

Et ce contraste entre approche systémique, scientifique et audacieuse du programme de la FI, et les mesurettes rances et obscurantistes des autres partis transparaît sur à peu près tous les sujets. L'éducation, l'économie, la justice, la démocratie... Personne ne peut nier le boulot qui a été abattu par les militants de la FI, même si à la fin, on peut être d'accord ou pas sur le consensus qui en ressort. 

Oui mais Mélenchon !

Faute de pouvoir critiquer la démarche ou le fond du programme, les adversaires politiques et les médias appartenant aux milliardaires ont choisi la diabolisation. Ainsi, on trouvera des milliers de raisons de ne surtout pas voter pour la France Insoumise, parce que Mélenchon ne partage pas le pouvoir et hurle en meeting, parce qu'ils sont antisémites, parce qu'ils sont contre le nucléaire, anti-France... Eh bien figurez-vous que même pour ces raisons, il vaut mieux voter LFI ! Ce sont quasiment les seuls à proposer le référendum d'initiative citoyenne dans son acceptation la plus large, jusqu'à la révocation des élus. Si c'est juste la personne de Mélenchon qui vous défrise, vous pourrez au moins le révoquer si vous trouvez une majorité qui le souhaite avec vous. Aujourd'hui, alors que Macron fait l'unanimité contre lui, n'a plus de majorité parlementaire, personne ne peut le déloger !

Néanmoins, il me paraît important de conserver un œil critique sur la France Insoumise. Et en cas de réussite à l'élection, il sera d'autant plus utile de surveiller les nouveaux élus comme le lait sur le feu pour qu'ils appliquent vite et bien le programme qu'ils ont proposé. La politique ne s'arrête pas quand on sort de l'isoloir.
Mais compte-tenu de l'urgence critique de la situation (écologique, mais pas que !) et pour pouvoir conserver une lueur d'espoir au bout du tunnel, je préconise, même si vous avez des griefs importants à opposer au programme de la France Insoumise, de voter Mélenchon dès le premier tour, d'une part, mais plus important encore, de convaincre ou inciter vos amis, collègues, connaissances à faire de même pour les raisons que j'ai évoquées longuement ici, et pour celles encore plus personnelles et importantes que vous trouverez peut-être.

On ne peut pas se plaindre sans arrêt que rien n'ait été fait par les politiques si nous-mêmes n'avons pas pris part à la bataille des idées. Le colibri ne fait pas que déposer un bulletin dans l'urne, il s'arrange pour que ses proches fassent de même.

La méthode

1. Vérifier votre situation électorale, et si nécessaire, s'inscrire sur les listes. Si vous êtes loin le jour du scrutin, faire une procuration.
2. Prendre connaissance du programme de la France Insoumise : L'avenir en commun.
3. Défendre et/ou critiquer le programme mais en parler autour de soi, de la manière la plus adaptée selon le public.
4. Le 18 avril 2027, déposer un bulletin Mélenchon dans l'urne.
5. Continuer de faire pression pour vos idées. Tout le temps. Quel que soit le résultat.

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