Le grand remplacement climatique

Est-ce que, finalement, la peur évite le danger ?

En 2005, quand j'ai commencé à prendre conscience de la réalité du changement climatique et des conséquences du pic pétrolier, en direct sur ce blog, comme beaucoup de monde, j'ai flippé. Et j'avais de bonnes raisons de le faire, les théories scientifiques faisaient consensus, les maths ne mentaient pas, il y avait urgence à agir et j'ai agi. En quelques années, j'ai adapté ma vie à ce nouveau paradigme, j'ai viré tout ce qui était thermique chez moi, j'ai décarboné à tour de bras, pensant que dans les, allez, dix ans max, on aurait de telles pénuries de pétrole, de tels ravages climatiques, que le monde serait sens dessus-dessous.

Cela ne s'est pas produit, pas sous cette forme en tout cas, car même avec toute la science et la bonne volonté du monde, on ne sait jamais ce qui va se produire et/ou comment ça va se produire. Est-ce que les tensions sur le pétrole (qui ont bien eu lieu, comme prévu) se sont manifestées par une hausse des prix, des conflits à l'autre bout du monde, la montée en puissance du gaz de schiste, une croissance inattendue des renouvelables, des progrès sur les batteries et le photovoltaïque ? Tout ça à la fois, en fait. Ce qui fait que les prédictions de Jancovici ou d'autres collapsologues se sont pas vraiment déroulées comme ils les avaient prédites. On ne parvient pas à imaginer les capacités d'adaptation de l'Homme et la force qu'il déploie pour que rien ne change, ou alors le plus lentement possible. Parfois en aggravant le problème, et c'est pour ça entre autres qu'on n'arrive pas à le concevoir de façon rationnelle. Si on établit le fait que l'exploitation du pétrole nous tue à petit feu, on ne commettra pas l'erreur manifeste d'en chercher d'autres formes plus sales encore ? Ben si, on le fait, parce que ça permet de continuer à croire que rien ne va jamais changer. Et les forces qui sont à l'oeuvre dans cette entreprise sont gigantesques.

De Malthus à la fin de l'IPV4, en passant par le bug de l'An 2000, l'Histoire est truffée de catastrophes annoncées, de fins du monde prédites et qui n'arrivent pas. Même lorsque les prédicateurs sont des communautés scientifiques irréprochables, les faits indiscutables, à la fin, rien ne se passe comme on l'imaginait. L'humanité trace son chemin, avec des soubresauts, des cahots, mais jamais tout droit comme on le pensait.

Ces réflexions et les discussions que je peux avoir avec d'autres qui ont des angoisses différentes des miennes me font pas mal relativiser mes propres peurs ces derniers temps. Tout se passe comme si le simple fait de formuler une prédiction l'empêchait de se produire, une sorte de prophétie auto-destructrice, en somme.

La théorie néo-collapsologiste à la mode en ce moment, c'est celle du Grand Remplacement. Même si elle ne s'appuie sur aucun consensus scientifique (au contraire !), et qu'elle ne traduit qu'une montée du racisme elle-même liée aux conditions sociales et économiques qui se dégradent, ses tenants avancent des faits (parfois avérés, mais dont l'interprétation est douteuse), et imaginent le pire à l'horizon de quelques décennies : la disparition de la culture et de l'identité française, diluées dans l'afflux d'immigration légale et illégale. Comme Jancovici et son pétrole conventionnel, comme Pablo Servigne et son effondrement "probable avant 2025 et certain avant 2030", comme Malthus et « la population progresse plus vite que les subsistances » ce qui engendre un « déséquilibre croissant », les partisans du GR poursuivent les courbes du passé pour pronostiquer l'avenir et annoncer le pire.

Comment les contredire alors que je suis moi-même tombé dans ce piège plus d'une fois ? 

D'abord en contestant l'aspect scientifique et factuel des fondements de la théorie. La France, le Monde, n'ont toujours été que le fruit d'un brassage culturel et ethnique, et c'est même ça qui a permis la prolifération de l'Humanité. C'est PARCE QU'ON se mélange, qu'on est plus forts, génétiquement parlant. Dès lors, comment dater le début de la "vraie France", l'authentique, celle qu'on ne veut pas voir se perdre ? Les gaulois se sont-ils faits grand-remplacer par les romains, les celtes, les wisigoths ou les vikings ? Les vagues de migrations italiennes, espagnoles, portugaises du 20ème siècle ont-elles déjà atteint l'identité française ? Si l'on se plonge dans les livres d'Histoire, ou quand on est inculte et fainéant comme moi, dans les pages de Wikipédia, on trouve des traces de gens qui pensaient que manifestement, oui, à cette époque, la France n'était déjà plus "comme avant". Déjà les étrangers pillaient les commerces, violaient nos filles, refusaient de s'intégrer. Ceux-là même qu'on présente aujourd'hui comme des modèles d'intégration, étaient vilipendés hier pour leur communautarisme et leur délinquance intrinsèque. Vous pensez que, quand même, il y a des ethnies/peuples/religions qui posent problème partout dans le monde et d'autres qui s'intègrent toujours bien ? C'est l'inverse : partout dans le monde, les autochtones se trouvent un bouc émissaire, un "pas comme nous" qui mérite l'exil, la prison ou la mort. Cherchez dans Wikipédia "racisme anti-???" et remplacer les points d'interrogation par la nationalité de votre choix. Bonne lecture !

Le fondement est donc contestable, et contesté disais-je, puisque les démographes ne l'entendent pas du tout de cette oreille, dans leur immense majorité, ce qui fait déjà un écart important avec, par exemple, le changement climatique qui repose sur un très laaaaarge consensus scientifique. Mais admettons que l'on puisse fixer un point d'origine, un moment où la France était ce qu'elle devrait être, une époque idéale où il n'y avait que des bons français de souche, avec la culture adéquate, le comportement civilisé qui est le nôtre... Tout comme il faut. Est-ce que les tendances actuelles de croissance de certaines minorités peuvent être prolongées à l'infini et menacer, à terme, de devenir majoritaires ? Rien n'est moins sûr, car comme démontré ci-dessus, même les plus inéluctables projections basées sur des sources scientifiques ont fini par se révéler foireuses. Le simple fait que la théorie du grand remplacement ait ce retentissement médiatique va avoir un effet sur la suite des événements. En influençant non seulement les élections futures et donc l'évolution du droit, mais aussi les principaux acteurs du GR putatif qui vont être tentés de faire profil bas, ou au contraire, d'affirmer plus encore leur identité propre, par réflexe d'auto-défense. Peut-être que les tenants du GR déplorent les effets dont ils chérissent les causes et que c'est à force d'interdire ou montrer du doigt tel ou tel vêtement religieux qu'ils exacerbent le problème ?

Bref, l'hypothèse de départ ne tient pas debout, la projection à long terme s'apparente à une prédiction au doigt mouillé, je ne souscris pas à cette angoisse-là. Une de moins...

Voilà quelques trucs qui me trottent dans la tête ces derniers jours. Je ne sais pas si ça peut servir à quelque chose ou quelqu'un de les partager ici, mais ça m'est utile à moi, c'est déjà pas mal.