Ma critique de la série Baron noir

Baron noir est une série télévisée française diffusée sur Canal + de 2016 à 2020. Durant 3 saisons de 8 épisodes chacune, elle raconte la vie politique française sous la forme d'une fiction fortement inspirée de faits réels. Si vous ne l'avez pas encore vue, allez la voir parce que ça vaut le coup, et parce que cet article va méchamment spoiler le scénario.

J'ai découvert cette série sur le tard grâce à l'insistance de deux de mes trois frangins qui l'avaient vue et appréciée. Et comme ça n'intéresse que moi à la maison, j'ai mis du temps à arriver au bout car les moments où je suis dans les conditions matérielles et organisationnelles adéquates sont rares (il faut que la télé soit libre, par exemple). Dès les premiers épisodes, j'ai été gêné par le jeu des acteurs, je ne sais pas si c'est parce que les vrais politiciens jouent eux-même un rôle, mais entendre des discours politiques et des débats dans la bouche de Kad Merad, ça fait un peu surnaturel, pas sérieux. Fort heureusement, le réalisme des situations (pourtant romancées et fictives pour la plupart) m'a invité à tenir le coup jusqu'au bout.

Philippe Rickwaert (alias Kad Merad) joue le maire PS de Dunkerque et artisan principal de la victoire du président de la république socialiste. Fin tacticien politique, il manipule tout le monde de manière à aboutir à son but ultime : l'union de la gauche, un peu à la Mitterrand, avec les écologistes en plus. Très vite, on s'aperçoit qu'il est prêt à tout pour cela et pour gagner les différentes échéances électorales : détournement de fonds, mensonges organisés jusqu'à ses plus proches collaborateurs, alliances contre-nature... Mais on se rend compte assez vite que les scénaristes présentent tout cela comme les qualités nécessaires à l'exercice de la fonction, et jusqu'au dernier épisode de la dernière saison, prennent le parti de défendre corps et âme cette ligne de conduite, pour contrer la bête immonde du Front National et... et c'est évidemment ce qui m'a le plus intéressé dans la série, contre le tirage au sort.

En effet, à la fin de la saison 2 apparaît un prof de SVT, blogueur influent, et défenseur acharné de la démocratie "réelle", qui est une caricature à peine déguisée d'Étienne Chouard (qui était prof de droit et informatique). Après 2 saisons à dévoiler toutes les entourloupes habituelles des partis traditionnels, on a un peu de mal à comprendre la critique cinglante des auteurs envers le tirage au sort, critique qui se base essentiellement d'ailleurs sur le personnage de Mercier, qui non seulement se présente à l'élection (ce qui entre en contradiction avec ses convictions), mais fricote allégrement avec l'extrême-droite, et fait la démonstration de son petit côté autoritaire apprenti dictateur.

On peut prêter au vrai Etienne Chouard beaucoup de maladresses, voire des erreurs manifestes (faire mine de douter des chambres à gaz sous prétexte que ce n'est pas son sujet, c'est vraiment pas malin), on peut même lui trouver trop de complaisance avec certains courants politiques, mais quiconque l'a rencontré (et c'est mon cas) ne peut pas douter de sa gentillesse et de son absence totale d'ambition autoritaire.

L'acmé de cette critique qui tombe à plat se passe lors du débat d'entre deux tours opposant Mercier à Rickwaert qui a enfin pu réunir la gauche grâce à un énième tour de passe passe (invalidation de l'élection sous prétexte d'empêchement d'une des candidates savamment orchestré pour empêcher la victoire éclatante de Mercier). On peut y voir Rickwaert énumérer tous les poncifs anti-tirage au sort et Mercier qui semble accuser le coup devant la pertinence des arguments pourtant en mousse... Genre la politique, au sens noble, ce serait précisément les petites affaires des partis pour rafler la mise électorale, et pas du tout le tirage au sort qui en serait la négation.

Vraiment, l'impression que me donne la série, c'est que les auteurs ont voulu valoriser les animaux politiques comme Rickwaert qui savent surfer sur l'opinion, embarquer des appareils électoraux avec eux, au détriment des mouvements populaires désorganisés de type gilets jaunes. Or, sur moi, et j'imagine sur la plupart des spectateurs lassés des partis traditionnels, ça a l'effet inverse ! Et pour le coup, la mise en scène d'un débat public entre l'élection et le tirage au sort, on rêverait de la voir en vrai, plutôt que caricaturée dans une série télé. Je pense que beaucoup d'entre nous savaient quoi répondre à Rickwaert, là où Mercier restait bouche bée.

Au final, c'est le politicien de carrière, qui a bourlingué d'un parti à l'autre au gré des vents, qui a fait de la prison pour avoir tapé dans la caisse (pour le bien de son parti), qui gagne l'élection présidentielle finale. Et cela semble être la morale souhaitée de la série : tout cela vaut mieux que le tirage au sort.

Je conseille donc à tous de voir cette série pour vous convaincre du contraire. Et puis François Morel en Mélenchon, ça vaut des points aussi :)

Ajouter un commentaire

Les commentaires peuvent être formatés en utilisant une syntaxe wiki simplifiée.

La discussion continue ailleurs

URL de rétrolien : https://merome.net/blog/index.php?trackback/1172