Laissez-moi vous raconter une histoire tirée du magasine Picsou de janvier 2013.

''A Donaldville, l’événement de la saison d’été est le pique-nique des écumeurs de plage. Chaque fille a apporté un panier pour le banquet et les garçons sont prêts à retourner la plage pour offrir un présent à leur petite amie. Si le cadeau plaît à la fille, le garçon devient alors son partenaire pour le pique-nique.
Daisy souhaite bonne chance à Donald car si quelqu’un lui offre un cadeau plus précieux, elle devra pique-niquer avec lui. Donald, confiant, se met en chasse, mais sur qui tombe-t-il ? Gontran, son rival de toujours ! Celui-ci promet à Daisy qu’il lui trouvera une plus belle porcelaine que son cousin. Mais Daisy n’a pas du tout envie de pique-niquer avec cet arrogant prétentieux. Gontran s’en fiche des désirs de Daisy, ce qu’il veut lui, c’est faire la nique à Donald et manger à l’œil les délicieux petits plats. Après plusieurs rebondissements au cours desquels Gontran montre à quel point il tient sa cousine en estime, celle-ci finit par tomber à l’eau. Quel désastre pour Daisy, dont les chaussures et la robe sont fichues ! Heureusement, les neveux ont trouvé sur la plage un peigne et un miroir ! Oui, ce sont eux qui auront fait le plus beau cadeau à Daisy, lui permettant de se refaire une beauté ! Tout est bien qui finit bien pour nos gourmands !''

Une telle histoire vous a-t-elle mis en appétit ? Moi elle me donnerait plutôt envie de vomir ! Qu’un tel ramassis de clichés rétrogrades se retrouve de nos jours dans un magasine pour enfants a de quoi interpeller non ?
Finalement, avons-nous tellement évolué dans nos modèles de société ? La femme potiche, la femme objet, la « soit belle et tais-toi » a encore la part belle dans les histoires dont on nous abreuve dès le plus jeune âge…

Je ne prêtais pas tant d’importance à tout cela avant d’avoir des enfants mais avec l’instauration de la lecture du soir, j’ai commencé à regarder le contenu autant que le contenant. Avez-vous remarqué que les 9/10èmes des héros de la littérature sont de sexe masculin ? Que dans les histoires pour petits il est plus souvent question de mamans derrière les fourneaux que de papas ? de princes qui sauvent les princesses plutôt que l’inverse, lesquelles princesses d’ailleurs n’ont qu’une ambition dans leur vie : se faire épouser...

Les clichés de genre sont assenés dès le plus jeune âge, que ce soit dans la littérature, à la télévision, dans les vêtements ou au niveau des jouets. Avez-vous déjà essayé d'offrir un poupon parlant à un petit garçon ? Amusez-vous à les écouter et ils vous sortiront du "maman" toutes les trois phrases, pas génial pour un p'tit gars. D'ailleurs sur ce sujet des jouets "sexués", je vous invite à offrir à vos jeunes enfants le très joli "Dinette dans le tractopelle" des éditions Talents Hauts qui se font fort de proposer aux jeunes enfants des ouvrages non sexistes.

Ne pas enfermer nos filles et nos garçons dans un moule mais leur laisser la possibilité de s'épanouir dans tous les domaines, voilà qui demande une vigilance de tous les instants. Une expérimentation a été lancée à la rentrée dans l'éducation nationale à destination des enfants de 3 à 10 ans. "ABCD de l'égalité" est une démarche consistant à faire prendre conscience aux enseignants de la maternelle et du primaire de la force des stéréotypes liés au genre. Ils seront ensuite encouragés à conduire auprès des élèves des actions de sensibilisation et d’apprentissage de l’égalité entre filles et garçons.
Cette démarche est vouée à être déployée partout en France à la rentrée 2014.
Je serais curieuse d'en suivre les résultats, pas vous ?

Commentaires

1. Le mardi, 10 septembre 2013, 15:28 par Galuel

A ce sujet, étudier la magnifique histoire des soeurs Polgar, dont Judit qui est devenue la plus grande joueuse d'échecs de tous les temps, et a atteint le top 10 mondial toutes catégories :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Judit...

Une question d'éducation ?

La preuve est là : oui c'est une question d'éducation.

2. Le mardi, 10 septembre 2013, 15:30 par etheriel

Merde, mérome s'est fait hacker son blog par une femen :/

3. Le mardi, 10 septembre 2013, 21:12 par Nath

@etheriel : Merci pour l'accueil. La prochaine fois je penserai à mettre une photo de moi torse poil, ça fera avancer la discussion. :/

4. Le mardi, 10 septembre 2013, 21:38 par Merome

Yep, z'avez remarqué que Nath rédige maintenant quelques articles ici et je l'en remercie. L'histoire de ne dit pas qui va garder les gosses pendant ce temps :)

5. Le mardi, 10 septembre 2013, 22:11 par Nath

@Merome : c'est moi qui te remercie d'héberger ici mes écrits rédigés une fois les enfants couchés, la vaisselle faite, le linge étalé/plié/repassé, la cuisine briquée, l'aspirateur passé et le devoir conjugal effectué... je n'oublie pas mes priorités :p

6. Le mardi, 10 septembre 2013, 23:33 par Stef

J'avoue qu'avant les commentaires je n'avais pas capté que le texte n'était pas de Merome (même si ça sortait un peu de tes sujets classiques).

7. Le mercredi, 30 octobre 2013, 16:16 par Nath

Y a pas que moi qui le dit : http://www.cairn.info/article.php?R...

8. Le jeudi, 31 octobre 2013, 09:06 par Nath

Extrait de la conclusion de l'étude dont j'ai mis le lien dans mon com' précédent:
"Au terme de la première étude quantitative des albums illustrés, nous pouvons résumer ainsi la situation : la construction d’identités et de rapports sociaux de sexe est bien au cœur de la problématique des albums avec l’élément central que sont les personnages. Ces représentations s’élaborent, non sur la base de stéréotypes immédiatement repérables, mais de manière fine et complexe, à partir d’un ensemble de variables : le sexe, l’âge, le rôle (personnage principal, secondaire, d’arrière-plan), la catégorie (personnage humain, animal habillé, animal réel), les fonctions parentales et les activités professionnelles du personnage, sans négliger le lectorat auquel est destiné l’ouvrage et le sexe des auteurs et illustrateurs.

Basés sur la suprématie du masculin et le poids de la génération adulte, induisant hiérarchisation des sexes et différenciations subtiles de rôles, les albums illustrés véhiculent des rapports sociaux de sexe inégalitaires. La littérature de jeunesse n’est pas anodine, comme le laissent croire le chatoiement de graphismes recherchés et la variété du peuple des personnages. Elle contribue à la reproduction et à l’intériorisation de normes de genre."

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