À la veille d'un scrutin présidentiel situé au croisement de crises économique, sociale et écologique, la responsabilité des médias de masse est grande. En effet, par le choix des sujets que vous aborderez, par la façon dont vous les traiterez ces prochains mois, une grande part de l'opinion publique subira votre influence.

Si, comme je le crois, votre intégrité ne peut pas être mise en doute, j'imagine que vous mettez d'ores et déjà tout en œuvre pour éclairer l'actualité en toute impartialité et en multipliant les angles d'analyse originaux.
Je constate cependant, comme bon nombre de mes concitoyens, un certain nombre de défauts dont souffre, je crois, le traitement actuel de l'information par vos soins :

Un dogmatisme systématique
Un certain nombre de sujets semble définitivement verrouillés, au point qu'aucune voix dissonante ne peut être entendue sur vos antennes à leur propos. Notamment, en matière économique, les mêmes experts défilent sur les plateaux pour dire les mêmes choses depuis le début de la crise, et même avant, alors que leurs erreurs d'analyse ont été manifestes. Sans mettre en doute leur compétence, il me semblerait juste que des avis iconoclastes soient entendus, et qu'un temps de parole au moins égal soit accordé à des économistes ou analystes hétérodoxes comme Frédéric Lordon, Paul Jorion ou Serge Latouche, qui déchainent les passions sur toute une partie du web sans, curieusement, obtenir l'accès à vos micros.

Des analyses à courte vue ou biaisées
Sur certains sujets écologiques comme les bio-carburants ou la voiture électrique, les conséquences négatives ou les ordres de grandeur ne sont jamais abordées, faisant passer la plupart de vos reportages pour des publi-informations émanant des constructeurs automobiles ou des industriels concernés. Les théories qui s'écartent du système actuel, et qui ne sont défendues par aucun parti politique sont tout simplement ignorées : le revenu de vie, le tirage au sort, la simplicité volontaire... sont au mieux abordés sous l'angle ironique.

Petites phrases et non-évènements
À l'heure où l'Europe économique est au bord de l'explosion, où le réchauffement climatique est devenu inéluctable, et la crise sociale déjà d'actualité pour beaucoup de français, il semble incongru et déplacé de s'intéresser comme vous le faites aux petites phrases et aux évènements secondaires et sans importance.
L'exemple récent de la polémique autour des mots "sale mec", le traitement de l'affaire DSK ou encore les messages saisonniers sur la neige dans les stations de ski, le soleil sur les plages ou les soldes n'ont RIEN À FAIRE dans un journal d'information digne de ce nom. Sauf à considérer bien sûr, que la santé économique de vos annonceurs aient plus d'importance à vos yeux que la diffusion de l'information, auquel cas il serait juste d'en informer vos auditeurs et téléspectateurs. Il va de soi également que vous n'êtes pas supposés obéir aux injonctions de l'un ou l'autre parti politique qui vous dicterait la liste des sujets à aborder en priorité.



Sur ces points, et bien d'autres dont l'énumération n'aurait qu'un intérêt limité, vous portez une part importante de la culpabilité du désintérêt croissant des français pour les affaires qui les concernent pourtant au premier chef. Plutôt que de vous inquiéter, de façon très théâtrale et organisée, de l'abstention des électeurs au soir du premier tour ou de leur propension à se diriger vers les partis extrêmistes, commencez donc par les informer de façon plus professionnelle et honnête.

D'avance, merci de vos réponses.

Ce courrier électronique a été envoyé par mes soins à :
Médiateur de France 2
Rédaction de TF1 et LCI
JT13h@tf1.fr
JT20h@tf1.fr
Médiateur de France 3
RTL
Europe1
Médiateur Radio France