Unis les Verts ? Oui : derrière le PS.

Après des jours d'atermoiements et de fausses menaces, un accord à l'arraché a été obtenu entre Europe Écologie les Verts et le PS. Je n'ai pas suivi l'affaire en détail, pardonnez mes inexactitudes, mais vu d'ici, l'accord ressemble drôlement à une grosse arnaque. Cécile Duflot a martelé son exigence de sortie du nucléaire comme un mot d'ordre pendant toute la durée des négociations, mais comme on pouvait s'y attendre, pour espérer avoir quelques députés supplémentaires, EELV a dû s'asseoir sur son ultimatum et on assiste maintenant à un exercice de contorsionniste de part et d'autre pour que personne ne perde la face.

Cela m'amène à formuler quelques remarques, sans ordre particulier, en vrac :

Voilà l'état de la démocratie en France : la logique des partis l'emporte toujours sur le combat politique. Les institutions étant mal foutues, pas étonnant qu'on ait une parodie de démocratie. Notez qu'Eva Joly ne prend pas part à la bagarre. Pour plusieurs raisons : l'écologie et le nucléaire, elle en a plutôt rien à battre, ce n'est pas son problème. Elle ce qu'elle veut, c'est mettre au pas des mecs corrompus, chacun sa marotte. Ensuite, elle est "au-dessus" des partis, en tant que présidentiable. La soupe interne pour avoir des sièges à l'assemblée, c'est pas son job.
Je ne suis pas persuadé que Nicolas Hulot aurait fait mieux à ce niveau, même si je suis convaincu que lui au moins est intéressé par l'écologie.

Voter EELV a la même portée écologique qu'arrêter son robinet quand on se lave les dents. C'est un de ces petits gestes qui ne font pas de mal, mais qui ne vont certainement pas régler les problèmes de la planète, ni même de la France. Ce n'est pas tant à cause des Verts eux-mêmes que de l'élection. Le mécanisme de l'élection est précisément ce qui amène ce genre de situation. Le vote utile, la logique de partis, les compromis à deux ronds sont des conséquences directes de l'élection, qui porte en elle, en plus, d'autres travers parfaitement inexcusable dans une démocratie, je vous renvoie à mes articles précédents et à Etienne Chouard si vous ne voyez pas de quoi je veux parler.

EELV n'assume pas la décroissance, pourtant nécessaire. C'est Bruno Le Maire qui le dit, et je suis d'accord avec lui : On ne peut pas réduire de moitié notre parc nucléaire sans procéder à une certaine forme de décroissance. Non seulement il faut le dire, mais il faut rendre ce concept désirable. Expliquer que pour cela, nous allons virer les enseignes de publicité lumineuses, réduire les factures de chauffage en isolant à mort, améliorer les transports en commun pour réduire les transports routiers, éteindre les immeubles de bureau la nuit, interdire les veilles sur les appareils, imposer des normes strictes sur tous les matériels électriques, etc etc ... Il n'y a pas à rougir de ça, c'est juste un projet de société bien différent de celui qu'on nous propose depuis des années, qui implique une organisation différente qui est loin d'être un retour à "l'âge de pierre". Bruno Le Maire a raison : assumons la décroissance !

La désinformation bat son plein : Si Fukushima a été l'occasion de remettre un peu en cause la solution nucléaire, on assiste maintenant à une contre-attaque musclée de ceux qui ont des intérêts dans ce business. Méfiez-vous, c'est assez sournois. Par exemple ce matin sur RTL, Jean-Louis Etienne montait au créneau et défendait cette industrie encore jeune qui avait plein de progrès à faire. Jean-Louis Etienne, médecin, aventurier, explorateur, capital sympathie au top niveau, mais zéro légitimité pour parler de nucléaire. Alors pourquoi se retrouve-t-il à parler de ça ? Un petit tour sur son site web nous informe immédiatement :

Expériences



Entreprises :
IBM, France Télécom. Société Générale, Areva, Adem,Stade de France, Air Liquide, Total, Groupe Leclerc, Véolia Environnement, Renault, Eco Emballage, Crédit Agricole, Gaz de France, Unilever…

Non, ce n'est pas un hasard, et non, ce procédé n'est pas extraordinaire, c'est le quotidien de l'information depuis plusieurs décennies maintenant. Je vous invite à regarder par exemple le documentaire "PsyWar" pour constater que pendant la seconde guerre du Golfe, des ex-militaires américains payés par le gouvernement venaient donner leur avis "d'experts" sur les opérations en cours au Moyen-Orient. Nous sommes, vous êtes, manipulés constamment. Des dizaines de gens apparemment compétents défilent sur les plateaux de télé et aux micros des radios pour nous expliquer comment régler la crise, ce qu'il faut mettre dans nos assiettes et derrière nos prises de courant. Leur crédibilité se renforce au fur et à mesure de leurs passages télé. Il est maintenant urgent que ça cesse.