Quel est le point commun entre Villepin, Boutin, Joly, le programme des verts, la gauche anticapitaliste et la décroissance ? Tous ont évoqués une fois ou l'autre l'idée d'un revenu citoyen, d'un revenu de vie, d'une allocation inconditionnelle, ou tout autre formule plus ou moins barbare pour dire qu'on paye les gens à rien faire, au lieu de leur filer des aides selon tout un tas de critères.

Il m'est extrêmement difficile de vous parler du revenu de vie, parce que, déjà, j'y connais pas grand chose, et parce qu'ensuite, comme le dirait Bourdieu, c'est le genre de sujet qui ne s'appréhende pas en cinq minutes, dans un monde qui s'échine à nous mettre sur d'autres voies.

Sachez seulement que de plus en plus de penseurs, d'économistes, de sociologues, de gens intelligents commencent à s'interroger sur la question de la création monétaire et sur les conséquences désastreuses de notre façon de fonctionner actuelle. Et que parmi les solutions qui existent, il y a les monnaies libres, locales, ou virtuelles, et le revenu citoyen.
C'est grossièrement résumé, mais je vous en conjure, prenez le temps d'écouter et de lire tout ce qui se dit à ce sujet, c'est passionnant. Commencez donc par les vidéos d'Etienne Chouard sur le sujet.

Il y a donc une fraction des internautes qui ne jurent plus que par le revenu de vie. Au point de faire passer ce critère précis au-delà de tout autre critère. Ces électeurs, plutôt souvent de gauche, si ça veut encore dire quelque chose, n'hésiteraient pas, semble-t-il à se rallier à Villepin ou Boutin sous prétexte qu'ils ont évoqué la notion de revenu citoyen.
J'ai entamé le dialogue avec plusieurs d'entre eux pour essayer de comprendre ce qui les fascine à ce point dans ce qui me semble être une mesure certes importante, mais tellement secondaire par rapport aux enjeux écologiques, et surtout aux autres facettes du programme des gens qui évoquent aujourd'hui ce sujet.

Si je suis à peu près convaincu que la confiscation de la création monétaire par les banques privées est un fléau qui nous précipite dans l'abîme, j'avoue ne pas être certain de la pertinence d'un revenu citoyen "toutes choses égales par ailleurs". Un revenu citoyen dans une société de droite, menée par le bout du nez par le profit, j'ai un peu de mal à me rendre compte de ce que ça donne. Un revenu inconditionnel dans un contexte de raréfaction des ressources, qu'est-ce que ça peut bien avoir comme conséquences ?

C'est pour ça que jusqu'ici, je ne plébiscite cette idée de revenu de vie qu'à la condition de rendre au préalable notre société sobre, et d'abandonner notamment la croissance économique comme seul leitmotiv. Et je profite de ce billet pour appeler aux commentaires tous les défenseurs inconditionnels du revenu citoyen pour qu'ils m'expliquent un peu plus longuement qu'en 140 caractères leur point de vue sur la question.

Autre point que je souhaitais aborder car les choses semblent se clarifier ces derniers jours : le rapprochement entre le parti de gauche et EELV. Un léger rapprochement, à peine perceptible, mais déjà bien suffisamment visible pour mettre mal à l'aise tous les gauchistes qui ont eu tendance à vomir sur Hulot à la première occasion.
Jean-Luc Mélenchon, himself, a applaudi le travail de la fondation Hulot. "le président du Parti de Gauche relève lui les similitudes qui existent entre sa formation politique et le candidat à la primaire Europe écologie-Les Verts. « Mais du côté d'autres portes d'entrées écologistes, par exemple celle de Hulot, on voit comment la réflexion conduit jusqu'aux solutions hier réservées à des courants comme le notre »

De son côté, Hulot ne dit pas autre chose : Si je suis candidat, il faudra que l’on discute avec lui (Mélenchon). La remise en cause du capitalisme, du productivisme, du néo-libéralisme, du partage des richesses : ce sont des choses sur lesquelles on peut se retrouver.

De quoi clouer le bec à tout ceux qui voyait en Hulot un petit soldat à la solde de TF1 et de Rhône Poulainc.

Et pour faire une conclusion synthétique sur ces deux sujets qui m'ont semblé animer cette période de pré-campagne, je dirais que si on avait une force politique, un parti, quelque chose qui rassemble les gens du parti de gauche et d'EELV, et qu'ils mettaient le paquet sur les notions de création monétaire et de revenu citoyen, on aurait un ticket imbattable pour les présidentielles. Même Marine Lepen ne s'en relèverait pas.