Alors que la France entre officiellement en récession, il me semble noter depuis quelques semaines une tendance à la fustigation de plusieurs catégories socio-professionnelles qui n'avaient pas trop l'habitude de ça.

Habituellement, entre les chomeurs fainéants, les rmistes profiteurs et les fonctionnaires qui branlent rien, on n'a que l'embarras du choix pour déverser sa haine de son prochain. Mais aujourd'hui, la crise aidant, on se rend compte que même les cadres dynamiques qui jadis faisaient la fierté de la France qui se lève tôt, peuvent se retrouver chômeurs en un rien de temps, ou, pour les plus malins, lorgner ostensiblement vers une petite place tranquille derrière un bureau de service public. Le modèle français pourtant si décrié il y a quelques mois à peine devient d'un coup un "amortisseur" de crise plutôt apprécié.

Une large populace d'égoïste et d'idiots se rend compte que la misère est à la porte, grossissant les rangs des travailleurs précaires qui ne savent pas de quoi demain sera fait.
Les journalistes, eux aussi, se mettraient presque à flipper et cherchent donc d'autres boucs émissaires, et devinez quels sont les nouvelles cibles des médias ?

Les élus
Pas une émission de radio sur un sujet de société sans qu'on entende se faire tacler les élus, leurs revenus, leurs avantages, leurs cumuls de mandat, leurs absences dans l'assemblée, ... Bien sûr, ça fait longtemps qu'on sait que cette élite ne vit pas sur la même planète que la nôtre. Mais quand même, le coup d'Hadopi, avec des élus qui ne pigent rien, qui ne viennent pas voter, ou qui votent contre leur gré, ou contre leur camp, ... Et ça juste avant les élections européennes, ça fait tache.
Les députés européens (qui pointent à 7000 euros / mois (pour les français), plus les défraiements divers et autres avantages) ne font pas exception : eux aussi font l'Europe buissonnière à la première occasion. Ne comptez pas trop sur eux pour sauver le monde : ils sont en week-end.
Les anglais aussi en ont fait les (notes de) frais.

Les patrons
Juste retour de bâton, après avoir délocalisé à tour de bras, maximisé les profits, servi la soupe à des actionnaires peu scrupuleux, voilà qu'on met le nez dans leur feuille de paye, et pire : dans leurs parachutes dorés, primes de départ, d'intéressement, primes spéciales, bonus, avantages, ...
Non contents d'avoir profité honteusement du bouclier fiscal, des mesures anti-crises votées par le gouvernement, les grands de ce monde n'ont pas pu s'empêcher de s'octroyer, parce qu'ils le valent bien, un petit supplément pour passer la crise sans trop de bobos.
Là encore, ça faisait un moment qu'on connaissait le scandale des rémunérations qui se comptaient en siècles de SMIC, mais ça n'est devenu totalement insupportable que lorsque la crise a foutu dehors un certain nombre de crève-la-faim pourtant souvent aussi méritants que leurs dirigeants. Laurence Parisot elle-même en est tombée des nues, persuadée qu'elle était que le patron-type était un homme dévoué et honnête, prêt à prendre des risques pour créer de la richesse, au péril de sa santé, tout en défendant les intérêts de ses humbles employés.

Ces nouvelles têtes de turcs sont des cibles encore plus faciles que les anciennes : si on pouvait trouver autrefois ici ou là, quelques chômeurs qui ne faisaient pas exprès de l'être, et quelque fois, un rmiste ou deux qui n'avait pas un emploi au noir à côté, chez les élus et les grands patrons, à tous les coups on gagne. Tous sont arc-boutés sur leurs avantages, et cherchent d'abord et avant tout à les maximiser, au détriment des autres, du bon sens et de l'argent public.

Si la crise a permis d'ouvrir les yeux de certains sur cet état de fait, elle aura eu au moins cet impact positif.