Voilà une affaire qui passionne les journalistes d'une manière assez étonnante. Je vous avoue que je ne me suis pas plongé dans les détails sordides de cette affaire de "pieds nickelés", comme se plaisent à répéter les députés de base de l'UMP aux micros qu'on leur tend, je vous envoie donc une fois de plus vers Wikipédia pour faire le point sur le sujet.

En gros, Dominique de Villepin, alors qu'il était ministre de l'Intérieur a demandé à un barbouze d'enquêter au sujet d'un certain nombre de personnalités politiques ou non qui auraient touché des pots de vin de la société ClearStream. Parmi les noms cités sur le fameux "Listing" (ça fait très informatique et ça ajoute à la dramatique policière du sujet) : Sarkozy, mais aussi DSK, par exemple, y en a pour tout le monde.
Mais pour les journalistes, que Villepin cherche à enquêter sur Sarko, connaissant leur rivalité naturelle, le contexte chiraquien, la perspective de 2007, c'est une aubaine. D'autant que Villepin, qui n'a pas sauté après l'échec du CPE résiste mal à la victimisation d'un Sarkozy déjà présenté comme vainqueur de la crise précédente.
Seulement voilà, si Villepin saute, qui mettre à la place, si ce n'est Sarkozy lui-même, seule issue logique à la crise ? Chirac évidemment ne l'entend pas de cette oreille (celle avec le sonotone), il ne pourrait pas souffrir que Sarkozy soit nommé Premier Ministre par lui. Quoi que, ça pourrait le désservir pour 2007, ce ne serait donc pas un mauvais calcul ?! Encore faudrait-il que Sarkozy accepte, et s'il le fait, il peut dire au revoir à sa stratégie de la rupture, et il doit faire avec le bilan plus ou moins désastreux de Chirac. S'il ne le fait pas, outre le fait qu'il refuse des responsabilités qui ne se refusent pas, il quitte le gouvernement et un peu du contrôle qui lui a permis jusque là d'éviter de se faire éclabousser par une quelconque affaire comme ClearStream.

Bref, c'est un sac de noeud inextricable, qui n'a rien, mais alors strictement rien à voir avec de la politique, et avec les problèmes que peuvent connaître les français. Je ne sais pas trop qui gouverne en ce moment, mais c'est assez affolant.
Cela fait dire à certains éminents journalistes, comme Alain Duhamel, que la cinquième république est à l'agonie. Il serait temps qu'ils s'en aperçoivent : Duhamel a été lui-même un artisan de cette mort lente, en bafouant les principes de la démocratie à l'occasion du référendum, et en occultant complètement la possibilité pour Ségolène Royal d'être candidate, par copinage avec d'autres socialistes...

J'ai été brouillon, mais c'est (presque) volontaire : l'affaire ne fait que venir confirmer les opinions que je rabache depuis plus d'un an sur ce blog. Je suis navré d'avoir (peut-être) eu raison de croire Etienne Chouard, encore lui, qui a mis en lumière les dysfonctionnements sévères de notre démocratie.

Je sais, malgré tout, et ça me chagrine, que beaucoup ne voient dans ces évènements qu'un épisode supplémentaire dans une démocratie tout à fait acceptable. Ils vont voter de la même manière, en s'informant de la même manière, en continuant de s'insurger contre ceux qui, en manifestant, en bloguant, en désobéissant civilement, en fauchant vont essayer de faire changer les choses ou au moins les mentalités, en attendant mieux.

Ouvrez les yeux, bon sang, ce qui se passe là n'est ni normal, ni souhaitable. Dites le haut et fort à vos amis, à vos collègues et à vos proches : la solution passe obligatoirement par nous.