Le web, c'est très bien, mais vous avez sans doute constaté comme moi les défauts inhérents à la technologie elle-même. Le protocole http et le langage html sont prévus pour fonctionner de manière asynchrone. Je fais une requête (par exemple en tapant une adresse dans la barre d'adresse), le serveur à l'autre bout m'envoie le résultat de ma requête, puis la connexion s'interrompt. Il faut alors une nouvelle action de l'utilisateur qui provoque une nouvelle requête, et une nouvelle page est envoyée par le serveur.
Ce fonctionnement en pointillé, plutôt adapté à la présentation de pages statiques, atteind ses limites lorsque les pages sont dynamiques, c'est à dire, générées à la volée par un script (en PHP par exemple). La page que vous lisez là, par exemple, elle n'existe pas. Elle est fabriquée de toute pièce par un interpréteur PHP qui produit à la volée le code HTML qui correspond à cette page, à partir de données qui se trouve dans une base de données et d'une mise en page prédéfinie.
Si vous passez à un autre article, tous le processus recommence, la page doit être entièrement regénérée, alors que seul le contenu change, ce qui nuit grandement aux performances du serveur, d'une part, et à la fluidité de la navigation, d'autre part.

Le problème devient encore plus épineux lorsqu'il s'agit de développer de véritables applications web. Microsoft, flairant la piste à dollars, a réagit en inventant le contrôle Active X. Merveille de la technologie, ce procédé permet(tait) de simuler une application client/serveur classique (je simplifie, à la fois pour ne pas troubler le lecteur et parce que j'y connais rien en Active X), mais il comporte deux gros défauts : son format propriétaire l'empêche de fonctionner correctement sur toutes les plateformes (Linux, Mac...), sur tous les navigateurs (Opera, Firefox ...), ce qui va à l'encontre du principe d'universalité qui a été à la base des fondations du World Wide Web, mais surtout, il constitue un sérieux trou de sécurité, puisque les contrôles Active X ont pour ainsi dire la capacité d'accéder à toutes les parties de votre ordinateur. La plupart des organismes de conseils en sécurité informatique recommande d'ailleurs aujourd'hui de désactiver les Active X, pour ceux qui utilisent encore Internet Explorer qui est, à lui seul, un trou de sécurité !

Heureusement, une solution est arrivée du monde libre : AJAX. Asynchronous JAvascript + XML. Le principe est tout simple, il s'agit de permettre à du code javascript (executé par le navigateur) d'envoyer des requêtes au serveur et de récupérer le résultat, le tout sans rechargement de la page. Le trafic diminue (seules les données transit, plutôt que l'habillage de la page à chaque fois), la charge serveur diminue également (la page PHP n'est générée qu'une fois, ensuite, ce sont les données qui changent seulement), bref, c'est une véritable révolution.

Du coup, l'ergonomie qu'on croyait très limitée des applications web (utiliser un webmailer au lieu d'un vrai client de mail est un effort auquel je me plie péniblement), devient carrément comparable à celle d'une application Windows classique.
Les utilisateurs de GMail ont pu déjà s'en rendre compte, mais c'est encore plus flagrant sur le tout nouveau Google Calendar. Je vous invite à vous y inscrire pour voir, c'est bluffant. Pour ajouter un rendez-vous, il suffit de tirer avec la souris. Pour le déplacer : un glisser/déplacer à la souris suffit. Un clic tout seul permet de saisir le rendez-vous de façon ultra simplifiée. Et tout cela, bien sûr, sans aucun chargement de page.
Derrière chaque clic se cache un traitement Ajax qui va mettre à jour la base de données, de façon totalement transparente pour l'utilisateur. Pour quelqu'un qui a un peu fait de développement web, c'est quasi-miraculeux comme concept.

Du coup, cela ouvre des perspectives insoupçonnées : les applications bureautiques que l'on croyait indétrônables peuvent cette fois connaître une concurrence acharnée sur le web, sans aucun sacrifice d'ergonomie et avec une portabilité enfin totale (vous travaillez sur Linux en Australie, ou bien sur Mac en Papouasie, vous avez accès à la même interface, aux mêmes données partagées, au même confort).
Les jeux en ligne, qui m'intéressent tout particulièrement, peuvent également connaître une seconde jeunesse avec ce procédé. Notamment ceux qui se jouent en pseudo temps réel, comme Wargang, dont le gros défaut de réactivité est dû aux contraintes inhérentes au protocole HTTP, non adapté à ce type d'application.
Enfin, cela prouve, s'il en était besoin, que le navigateur web est ou sera la pièce centrale du système d'information de toute entreprise, et même chez le particulier. D'où le coup de force réussi par Mozilla de grapiller des parts de marché à Microsoft, avec l'appui de Google pour dynamiser tout cela.

Les commentateurs n'hésitent pas à parler de "Web 2.0", en imaginant les perspectives ouvertes par Ajax et par la montée en puissance des blogs et autres applications fortement collaboratives.

Je suis conscient que tout cela passe complètement inaperçu pour l'internaute lambda, mais croyez-moi, de l'intérieur -sans prétention, je ne suis que spectateur- , c'est assez fascinant à observer.