C'était il y a déjà un an, je découvrais à l'occasion d'une visite consacrée aux chauffe-eau solaire individuels, le chauffage aux granulés de bois. Petit rappel sur ce combustible relativement nouveau (existe quand même depuis 20 ans, notamment à l'étranger) : il s'agit de résidus des scieries (sciures et copeaux) qui sont compactées et séchés pour obtenir des petits bouchons de 6 ou 9mm de diamètre, qui ont l'immense avantage de se comporter comme un fluide. Ils sont donc facilement manipulables, stockables, transportables, "régulables"...
Ce dernier point a son importance, le chauffage au bois, c'est bien, mais cela nécessite un peu de manutention et de surveillance. Essayez d'arrêter votre cheminée ou votre poële à bois à 20°C, préparez les seaux d'eau...
Le granulé est fabriqué sans additif, c'est la lignite du bois qui le fait se tenir debout. La phase de séchage, à la fabrication consomme de l'énergie ; les machines qui ont généré la sciure qui les composent aussi. C'est donc, d'une certaine façon, moins "propre" que du solaire ou de l'éolien. Néanmoins, le bilan écologique global est très positif, étant donné les autres qualité du combustible.

Il y a un an, je me disais donc : le jour où je renouvelerais ma chaudière fuel, j'envisagerai plus que sérieusement la possibilité granulés, d'autant que le pétrole n'en finit pas d'augmenter, et n'a jamais cessé de polluer. Et puis ma région étant fortement boisée, en me chauffant aux granulés, j'investis d'une certaine façon dans les futurs emplois de mes enfants.
Le prix des granulés oscille entre 150 et 280 euros la tonne, selon que l'on se fait livrer en vrac ou en sacs. Sachant qu'il faut une tonne pour produire l'équivalent de 500 litres de fuel, ma cuve de 2500 litres équivaudrait à un silo de 5 tonnes, qui n'est pas forcément évident à placer dans une baraque. Je vide ma cuve en un an, la remplir me coute entre 1000 et 1500 euros (selon le prix du fuel évidemment). 5 tonnes de granulés me couteraient donc à peu près autant, si l'on considère que le fuel reste stable, ce qui est loin d'être gagné. Economiquement, ce n'est pas immédiatement intéressant, d'autant que le prix du matériel (chaudière, silo, vis sans fin...) est prohibitif, surtout depuis qu'il est subventionné à 50% par l'ADEME, les fabricants se sucrent sur le dos de l'Etat, c'est de bonne guerre, pourrait-on dire pour ne pas être méchant. La France étant particulièrement en retard dans ce domaine (tous nos efforts ont été placés dans le chauffage électrique/nucléaire, ce qui est une stratégie... discutable), le matériel est nordique (Suède, Norvège, Finlande) ou italien.

A l'époque où j'ai construit ma maison, j'ai fait le choix, contre le gré de ma secrétaire, de ne pas mettre de chauffage d'appoint. Je me contentais donc jusque là d'un bête chauffage au sol au fuel, fort efficace, assez économe, mais non dépourvu de défauts. Outre le prix du fuel et son caractère peu écologique, il me manquait une solution pratique et efficace pour ce qu'on appelle "l'inter-saison" (même si comme chacun le sait : il n'y a plus de saison). L'inertie du chauffage au sol étant d'environ 12 heures, j'ai eu beau chercher, je n'ai jamais trouvé de moyen d'arrêter le chauffage la nuit, par soucis d'économie et d'écologie. Si j'arrêtais la nuit, je me caillais la journée. Si j'arrêtais la journée, c'est le soir devant la télé ou l'ordinateur qu'il fallait sortir les moufles. Je laissais donc tourner le chauffage à plein la nuit. A la mi-saison, c'est encore plus épineux : les matins sont frais, mais les après-midi ensoleillés d'avril (si si : j'en ai connus quelques années !) sont étouffants et on se retrouve à ouvrir les fenêtres pour évacuer toute cette chaleur fabriquée pour rien...
J'ai donc pris la décision d'acheter un poële à granulés qui avait le triple avantage de :
- me réconcilier avec ma secrétaire qui ne travaille correctement qu'à la lumière et la chaleur d'un feu de bois,
- régler mon problème de jour/nuit et d'inter saison,
- rendre mon mode de chauffage bien plus écologique qu'il n'était jusque là.

Après moultes péripéties pour obtenir un poële de bonne facture (je me suis encore fâché avec un chauffagiste !), j'ai reçu enfin avant-hier, après 5 mois et une cuve de fuel d'attente impatiente, un Palazzetti EcoFire Mini Lux.

Voici donc la bête, une fois installée chez moi :


Niveau design, ergonomie et conception générale, pas de déception. Le matériel à l'air d'être de bonne qualité, la peinture est parfaite, l'encombrement correct. Pas de problème.
Au lancement, il est appréciable de voir que tout est automatique. On appuie sur "On" et paf, le processus se lance. La première flamme apparait au bout de 2 ou 3 minutes (c'est une résistance qui chauffe des granulés qui tombent régulièrement dans le brûleur, accompagné d'un "tirage" artificiel par ventilateur, qui provoque la flambée). Le processus d'allumage dure vingt minutes. Vingt minutes pendant lesquelles aucune action n'est possible.
Ce qui choque un peu, de prime abord, c'est le bruit. Un ventilateur assure le tirage, un second ventilateur assure la diffusion de la chaleur (ce qui évite la sensation d'étouffement qu'on peut ressentir devant un fourneau ou une cheminée classique, et accessoirement, permet de chauffer plus facilement de grandes surfaces, j'y reviens), et il y a aussi l'alimentation en granulés qui fait un "bzzz" pendant deux secondes toutes les dix secondes. Tout cela est très proche des bruits qu'un informaticien a l'habitude d'entendre, aussi ils ne m'ont pas choqué plus que ça. Ma secrétaire a eu plus de mal à s'habituer, et c'est un vrai défaut de ce type d'appareil, si l'on exclut les avantages que cela apporte par ailleurs.
Ces deux ventilateurs ont en effet une importance capitale :
Le premier assure une (double)combustion optimum, donc un rendement impressionnant de plus de 80%. Accessoirement, il évacue les fumées toxiques sans nécessiter forcément de conduit "classique" qui va jusqu'au toit. Et c'était non négligeable dans mon cas, n'ayant pas prévu de chauffage d'appoint à la construction, je n'avais pas de conduit à disposition. Un simple trou dans le mur a donc suffit. C'est un peu disgracieux de l'extérieur, mais largement acceptable :



Le second ventilateur permet donc à la chaleur de se diffuser au mieux. Là où le poële ou la cheminée classique surchauffent dans un rayon de 2 mètres, pour laisser frais le reste de la maison, le poële à granulés inonde littéralement l'ensemble de la surface à sa disposition. Plus le ventilo marche fort, plus il fait du bruit, mais plus cette diffusion sera efficace. Au bout de deux jours, je peux quasiment vous assurer que je pourrais chauffer l'ensemble de ma baraque, y compris les chambres au fin fond du couloir au-dessus avec ce seul poële. Efficacité redoutable, donc.

Pour ce qui est de la flamme elle-même, qui fait le charme du chauffage au bois traditionnel, le rendu est très honnète. Les photos ne témoignent pas forcément de la réalité de la chose, mais on voit donc que la flamme n'est pas trop "artificielle".

 

Mais l'intérêt de l'appareil est à mon sens avant tout dans la possibilité de le programmer. C'est peut-être une déformation professionnelle. A la manière d'un chauffage central moderne, mais avec beaucoup moins d'inertie, il suffit de programmer les heures de début et de fin de période de chauffe, sur 6 programmes possible. Par exemple, le matin, 20 à 30 minutes avant que le réveil sonne, vous programmez le départ du feu, en toute sécurité, sans intervention... Magique. Et confortable !
Le petit programmateur est simple d'emploi, on voit également sur la photo le réservoir à granulés :



Les réglages tiennent en trois paramètres :
- La puissance sur une échelle de 1 à 4, permet de régler la vitesse du ventilo de tirage.
- La vitesse de l'air, sur cette même échelle, permet de régler la vitesse du ventilo de diffusion
- Le thermostat, qui va vous assurer que le poële se mettra en position mini une fois la température atteinte. La sonde étant sur le poële lui-même, la valeur n'a pas vraiment de sens. J'ai noté un écart de 7° entre la valeur mesurée par le poële et celle de mon thermomètre. Autrement dit, je dois mettre à 28° pour avoir du 21°. Suffit de le savoir.

La simplicité apparente de ces trois paramètres cache des choix stratégiques importants, liés aux défauts intrinsèques du matériel. Le poële, poussé à fond, est relativement bruyant. Un bruit de ventilation comme celui d'une voiture poussé à fond. Ce n'est pas insupportable, mais ce n'est pas non plus très relaxant. Par contre, c'est diablement efficace en terme de production de chaleur ! Impressionnant.
A partir de là, tout le talent du programmeur de poële (que je suis en train de devenir), va être de pousser le poële dans ses derniers retranchements lorsque le bruit ne gène pas (quand on n'est pas dans la même pièce), et de le laisser maintenir la température lorsqu'il est utilisé en mode "au coin du feu".
Fort heureusement, le poële utilisé au niveau le plus bas (Puissance : 1 , Vitesse de l'air : 1), est déjà très efficace. A vrai dire, en cette saison où les températures extérieures oscillent entre 5 et 10°, on peut se contenter du minimum, pour chauffer l'ensemble des pièces "à vivre". Les puissances maxi ne seront donc utilisées que rarement, a priori.
Le problème se complique quand on s'aperçoit que lorsque le poële fonctionne longtemps à forte puissance, il engage automatiquement la vitesse de l'air maximale (pour refroidir le poële lui-même, j'imagine). Dès lors, on ne peut pas laisser une puissance forte (le ventilateur de tirage est plus discret, donc pourrait être facilement laissé à 3 ou 4), sans avoir une vitesse de l'air importante, donc bruyante.

Reste à combiner tout cela avec mon chauffage au sol existant, qui, s'il est encore polluant et à forte inertie, n'est pas sans avantage, notamment au niveau de la qualité de la chaleur produite (chaud aux pieds, frais à la tête, et uniformément dans toutes les pièces).

La phase d'arrêt, comme la phase d'allumage est automatique et sécurisée, avec l'inconvénient d'être longue et figée : 20 minutes de refroidissement fort (avec ventilation au maxi), puis 10 bonnes minutes de ventilation modérée.

En ce qui concerne le prix, cela m'aura coûté 3600 euros TTC, pose comprise. Et cela m'ouvre droit à un crédit d'impôts de 50% l'année prochaine. Je rappelle que le crédit d'impôts est valable pour tous, y compris pour les personnes non imposables. Je toucherai donc (ou plutôt je ne payerai pas), dès l'année prochaine, 1800 euros d'impôts.

Je n'ai pas assez de recul pour parler de la consommation. Depuis deux jours, en cette demie-saison quand même assez fraiche, j'ai consommé une bonne vingtaine de kilos de granulés (à 260 euros la tonne). L'économie viendra avant tout du gain d'inertie par rapport au chauffage au sol.

Voilà, je ferai le point l'hiver prochain. Pour l'instant, je suis assez satisfait de mon achat...