J'arrive péniblement au bout de ma cuisine Lapeyre. Ça commence à avoir de la gueule, regardez :



Je ne ressens en général aucune fierté, voire aucun plaisir à arriver au bout d'une tâche de ce type. Le bricolage me répugne, je n'en retire aucune satisfaction autre que celle d'en avoir terminé un jour et d'avoir enfin du temps pour faire autre chose (la chambre de la gamine ? Pff, oui, j'y pensais plus :( ).

Plus récemment, s'est ajouté à ce retour d'expérience négatif, un problème de conscience fort incommodant.

Je me souviens d'un camarade de fac qui disait en séchant un enième cours "ça doit être chiant d'avoir une conscience". Je ne peux malheureusement que confirmer les propos de Maurice (il s'appelait Maurice) : je suis bien embarrassé avec la mienne.
Avec ma nouvelle lubie de décroissance, je passe tous mes actes au crible de cette idéologie. Et il n'en sort pas grand chose...

Tant que je n'avais que les Ethiopiens, Somaliens et autres affamés chroniques pour me donner mauvaise conscience, je parvenais sans trop de mal à vivre avec tout le confort qui m'entoure. Et j'imagine qu'on est tous pareils. Loin des yeux, loin du coeur. La famine, c'est pas bien, mais ça ne nous empêche pas de nous gaver de chocolat en regardant la télé.
Mais maintenant, c'est tous les jours que j'ai face à moi trois affamés de la vie. Il n'est plus question de leur envoyer un don ou de la nourriture une fois par an, il s'agit de s'assurer qu'ils auront un avenir durable sur cette planète. Et par les temps qui courent, rien n'est moins sûr. Et cette fois, je dors moins bien la nuit, au sens propre.

Notre empreinte écologique ne permet pas à tout le monde de vivre comme nous. Alors que je chauffe 130m² pour mon simple confort, mes gosses devront peut-être se geler le c*l dans trois fois moins de surface. Tout ça précisément parce qu'à un moment, moi, et les gens comme moi, aurons abusé de ressources épuisables.
J'aimerais pouvoir évaluer précisément tout cela. Je me posais la question en regardant mes plinthes en carrelage. Comment est fabriqué le carrelage ? J'imagine que ça demande pas mal d'énergie, de chaleur, de matière première... Peut-être que rien que dans ma salle de bain, j'ai gaspillé indirectement plus d'énergie que le quota qui me serait théoriquement attribué si les richesses de ce monde étaient partagées équitablement et dans une logique durable.
Quand ma femme passe trois couches de peinture sur les murs de la cuisine, pour gagner un chouilla d'esthétisme, est-ce qu'on ne dépasse déjà pas le seuil critique d'abus de l'industrie chimique ?

Et j'en reviens à ma question : "suis-je cohérent" ? A vrai dire, je n'ai pas d'autres choix que de le devenir, cohérent, si je veux que mes gosses puissent profiter autant que moi de la vie.
Dans les semaines qui viennent, cela ne va pas être de la tarte. Noël approche, et son lot de gaspillages honteux dont je suis le premier bénéficiaire. J'ai le choix entre faire plaisir à mes gosses en leur offrant des cadeaux plus ou moins jetables qui conditionnent indirectement l'avenir de la planète, donc le leur (d'avenir), soit jouer le père indigne et leur acheter des cadeaux "décroissants" qu'ils n'aimeront sans doute pas mais qui leur permettront de vivre plus longtemps. La peste ou le choléra...