Il vous est sûrement déjà arrivé de cotoyer de près ou de loin un de ces sales gosses qui semblent aujourd'hui courir les rues en clamant leurs caprices à qui veut bien les entendre.
A la caisse d'un supermarché (tiens, ça me rappelle un article récent), le petit garçon ou la petite fille demande avec insistance le paquet de sucettes stratégiquement placé devant le tapis roulant, utilise tous les stratagèmes à sa portée pour arriver à ses fins, la violence verbale et physique, la défiance, la honte, la peur... Comme moi sans doute, vous vous êtes mis à la place des parents, et interrogés sur l'attitude que vous auriez à leur place. Si, comme moi, vous êtes en plus prétentieux et sûrs de vous, persuadés d'avoir raison avec vos idées plug & play (etheriel : dois-je insister ou tu as compris que je n'allais encore une fois que donner mon avis de façon tout à fait illégitime ?), vous vous êtes dits que jamais, ô grand jamais, vous ne vous laisseriez mener de la sorte par de pareils sauvageons, même s'ils étaient la chair de votre chair.

Convaincus comme n'importe quel être humain avec un fond de tolérance que la violence ne résoud rien, vous pensiez, vous aussi, que l'on pouvait élever dignement un enfant sans avoir un jour à le frapper à coup de batte. Quelle erreur !

La méthode de l'Enfant Roi, directement héritée d'une génération soixante-huitarde apathique, a montré ses faiblesses. L'enfant a besoin, pour se construire, d'avoir des limites. L'autorité, paternelle ou maternelle, y a pas de raisons, est nécessaire, et je ne connais pas de parents qui parviennent à cette autorité sans un minimum de violence ou de brimades. C'est triste à dire, mais c'est un fait, je vous invite à me prouver le contraire d'une quelconque façon.
Mais à la décharge des parents, il faut bien reconnaître qu'un enfant, pire, une fratrie, est capable de venir à bout de plusieurs adultes bien entrainés. Ce fut le cas encore hier soir à la maison, quand mes deux grands ont une nouvelle fois rechigné à ranger cette foutue salle de jeu où l'on ne distinguait plus la couleur du carrelage. C'est assez impressionnant, et pour tout dire, assez difficile à imaginer quand on ne l'a pas vécu, de voir à quel point des enfants peuvent être cruels, malins, stratèges voire méchants ! Par exemple, lorsque, bouillonnant de constater que le sol était toujours désespérement maculé d'immondices divers (barbies, playmobil) après une heure de "rangement" pourtant assisté, j'ai pris une poubelle pour faire semblant de jeter tout ce qui restait, et ils ont cru bon de dire : "super, on aura moins de choses à ranger".
Les sanctions sont aussitôt tombées, privés de dessert, privés d'histoire, privés de tout pour les dix annés à venir, élévation de la voix, paroles désobligeantes... Colère, tristesse, dépit, honte... Pff.

Evidemment, il eût été plus simple de laisser la salle de jeu dans son état d'origine, voire d'y ajouter une couche de jouets supplémentaires pour acheter le silence et le bonheur de nos chers petits. Seulement voilà, ce n'est pas leur rendre service, je crois. Toute vaine que parait ma réaction d'hier soir (qui n'a pas été violente, je vous rassure, je n'ai d'ailleurs pas de batte chez moi), je pense qu'elle est utile dans la durée. L'enfant a besoin de savoir jusqu'où il peut aller, et je dirais même qu'un enfant qu'on ne punit pas n'est pas totalement heureux, car il a alors le sentiment qu'on ne s'occupe pas de lui et il franchit un échelon supplémentaire dans la bêtise ou la violence. On peut d'ailleurs rapprocher cet état de fait avec celui qu'on observe dans les banlieues. L'impunité est dangereuse, regardez ce qu'est devenu Chirac !