Ce qui se passe en ce moment est caractéristique : le Québec connaît depuis trois mois des manifestations importantes d'étudiants, qualifiées par certains de "printemps érable", déclenchées par la hausse annoncée des frais de scolarité (+75%, une paille).
Ces manifestations ont débouché, vendredi dernier, sur le vote d'une loi exceptionnelle interdisant aux étudiants de manifester et de faire le piquet de grève devant les universités. Au lieu de le calmer, cet événement a ravivé le mouvement, qui tourne au drame avec des policiers qui jouent de la matraque, comme cela finit toujours par se passer dans tous les pays civilisés et démocratiques.

On peut penser ce qu'on veut du mouvement et de sa légitimité, ce n'est pas l'objet de mon article, mais il est intéressant d'analyser le traitement médiatique qui en fait ici, en France.

J'imagine que certains d'entre vous vont en prendre connaissance à la lecture de cet article. Car l'événement n'est, pour ainsi dire, pas abordé par les médias français. Faites le test autour de vous, vous allez tout de suite voir qui s'informe sur le web et qui reste abreuvé par les médias traditionnels. J'ai fait l'expérience aujourd'hui, avec quatre personnes raisonnablement informées et concernées par les problèmes de société. Trois d'entre elles s'informant quasi-exclusivement par la radio et la télé n'avaient jamais entendu parlé d'un quelconque mouvement au Québec, et donc pas de son nouveau rebond anti-démocratique de la semaine dernière. La quatrième personne s'informait sur le web et notamment sur twitter, et en avait bien entendu parler.

Je précise "notamment sur twitter", parce qu'il semble que les médias en ligne ne soient guère plus prolixes sur cette question. Une recherche dans Google News ne renvoyait que quelques liens ce matin (ça commence à changer). On est très proche de la couverture médiatique des révolutions arabes, à leur début.
Pourtant, on a quand même des titres du genre : "Le Québec se rapproche d'un 'État totalitaire'", pour vous donner une idée de l'importance du truc.

Ce soir à 18h, j'étais exceptionnellement branché sur RTL, j'ai écouté attentivement les titres du journal, et évidemment rien sur le Québec, en revanche, j'ai des nouvelles de l'état de santé de Abidal, le joueur de foot du FC Barcelone qui a subit une greffe de foie (premier titre sur RTL), et je sais que Montpellier est champion de France de L1 (second titre de RTL).

J'imagine bien que les auditeurs de RTL préfèrent savoir ce qu'il en est du foie d'un joueur de foot plutôt que de ce qui se passe chez nos cousins de la belle province, ce qui en dit long sur la qualité de l'information qu'on peut attendre d'une chaîne privée.
Elle ne fait que répondre aux besoins de ses clients, les annonceurs (et non pas les auditeurs qui ne payent rien pour écouter la radio : ceux qui payent, ce sont les publicitaires). Dès lors, si une information va à l'encontre des intérêts d'un annonceur, elle aura toutes les chances de ne pas passer à la radio. Je ne dis pas que c'est le cas précis de cette information, mais d'une manière générale, c'est ce qui est susceptible de se produire.

Si cela peut convaincre quelques-uns d'entre vous d'abandonner définitivement les JT et les JR pour suivre d'autres sources d'informations,...

Je vous laisse réfléchir à tout ça en musique, avec un titre des cowboys fringants (qui ont publié un communiqué pour soutenir le mouvement étudiant) qui a donné le titre de cet article :