On refait le blog

Mercredi, 2 mars 2011

L'obsolescence programmée, j'ai testé pour vous

Comme je le disais il y a deux semaines, mon imprimante Canon MP510 m'a éructé à la gueule une erreur B200 sortie de nulle part entre deux impressions. Comme disait La Palisse, un quart d'heure avant sa mort, elle était toujours vivante, aussi, la "surchauffe de la tête d'impression" correspondant théoriquement à l'erreur B200, j'y croyais moyen.

Dans un contexte d'obsolescence programmée, où les appareils sont sciemment conçus pour s'arrêter brutalement de fonctionner (je me demande si chez Airbus ils font la même chose), j'ai voulu aller jusqu'au bout de la logique en refusant d'acheter une imprimante neuve.
Il faut dire qu'avant cette imprimante, j'avais une Canon BJ200 (non, ce n'est pas un numéro d'erreur, mais un modèle d'imprimante) qui m'avait rendu service pendant une dizaine d'années sans jamais faillir. Après seulement quatre ans de fonctionnement et une mécanique encore en parfait état, je n'allais pas jeter un tel bijou de technologie, sans quoi j'aurais brisé mon propre code de déontologie décroissant.

J'ai donc amené mon imprimante auprès d'un revendeur qui m'a pris d'abord 20 euros pour faire le diagnostic et mettre deux coups de soufflettes sur les contacts et constater que ça ne marchait pas mieux. Ensuite, ils m'ont proposé deux choses :
- Soit j'abandonne l'idée de faire fonctionner à nouveau cette imprimante, et je me tourne vers un modèle récent, au design racé, à la ligne moderne, et doté d'un port X12B3 pour pouvoir y connecter un grille pain (à condition qu'il soit de la même marque que l'imprimante) pour une somme si modique que refuser une telle offre serait immédiatement assimilé à de la pingrerie.
- Soit je pousse l'hérésie jusqu'à demander la réparation de mon imprimante, en l'occurrence : changer la tête d'impression si l'on en croit le message d'erreur explicite. Sous réserve que j'hypothèque ma maison pour couvrir les frais, ce devrait être plus ou moins possible. Mais rien n'est moins sûr.

Entêté et idiot, après un week-end de réflexion, j'ai choisi la deuxième solution : on répare.
Peu après mon appel, le revendeur m'a rappelé : "Vous êtes vraiment sûr ?", ce qui m'a immédiatement fait penser à ces boites de dialogue sous Windows qu'on regrette d'avoir validé aussitôt après avoir fait le clic.
J'ai confirmé en disant que c'était un geste politique. Rien que ça. Et j'ai fait semblant de ne pas entendre les éclats de rire au bout du fil.

Une semaine plus tard, je reçois un appel sur mon répondeur : "C'est à propos de votre imprimante, si vous pouvez passer au magasin...". Et là j'ai immédiatement pensé au médecin qui n'ose pas vous annoncer au téléphone que vous avez un cancer en phase terminale.

Et effectivement, la tête d'impression changée, le problème était intact : Erreur B200 dans ta face, ça fait 120 euros mais on vous enlève la main d'œuvre si vous achetez une imprimante neuve chez nous. Je suis reparti la queue d'impression entre les jambes non sans avoir précisé au vendeur que j'en faisais une affaire de principe. Il m'a simplement répondu "Vous devez vous sentir bien seul, parfois".

De retour à la maison, plus que jamais déterminé à faire tomber le lobby des constructeurs d'imprimantes, j'ai cherché une imprimante de même modèle sur Price Minister. Et j'en ai trouvé une, pour 19 euros plus le port, mais elle avait une tête d'impression défectueuse. Ça tombe bien, des têtes d'impression, j'en avais deux, dont une toute neuve et l'autre qui avait soi-disant surchauffé (mon œil). Pour une trentaine d'euros, port compris, j'ai reçu ce matin la jumelle de mon imprimante, je lui ai collé ma toute nouvelle tête d'impression et que croyez-vous qu'il arrivât ?

Ça a marché.

Aussitôt, l'action Canon a chuté en bourse, et tout le marché des dispositifs d'impression a frémi à l'idée que j'allais bloguer ma solution miracle et mettre ainsi fin à des années d'obsolescence planifiée dont le seul but est de nous faire dépenser des sous.

Bien sûr, j'ai dépensé deux fois le prix d'une imprimante neuve pour avoir une imprimante d'occasion qui risque de me claquer dans les doigts dès demain avec une erreur "X32 : réservoir d'encre trop bleu pour être vrai". Mais l'honneur est sauf.

Plus sérieusement

Le documentaire d'Arte montrait une imprimante Epson programmée pour cesser de fonctionner après un certain nombre d'impressions. Je n'ai malheureusement pas pu trouver un logiciel pour vérifier ceci sur ma propre imprimante, mais la méthode du constructeur est proprement scandaleuse. Elle met en lumière le dysfonctionnement évident de la société de consommation, qui ne peut fonctionner qu'avec un énorme gaspillage de ressources qu'on n'a plus.
Dès lors, on peut s'inquiéter du sort des millions de gens qui travaillent dans les grandes surfaces, chez les fabricants, et partout où l'obsolescence programmée est devenue une règle incontournable. Des emplois qui permettent aux gens qui les occupent d'acheter des biens de consommation jetables, sans quoi ils n'auraient pas forcément besoin dudit emploi. Au lieu de choisir de travailler moins, pour produire juste ce qu'il faut, mais de qualité, et pour partager au mieux les ressources, les sociétés humaines ont préféré travailler plus, ou autant, pour surproduire et vendre à outrance des produits merdiques.
Bien évidemment, ce n'est pas durable. Ce n'est pas même souhaitable. Il est urgent et capital de changer cet état de fait au plus vite, et c'était le but de ma démarche ici. N'achetez plus d'imprimantes neuves. Les modèles les plus récents seront pires que les anciens, plus limités, plus jetables. Cherchez des solutions, fabriquez-les si vous avez les compétences, comme ce russe du reportage qui a conçu le logiciel pour l'Epson. Partagez le fruit de vos recherches avec la communauté, achetez et vendez d'occasion et parlez-en. Je ne serai plus complice de cette machine à tuer nos enfants à petit feu. Ne comptez plus sur moi.

La princesse d'un mètre dix

Elle a mis sa robe bleue, la longue qui cache ses pieds. Quand elle marche, on dirait qu'elle flotte sur un coussin d'air. Elle déambule dans la salle à manger en se collant aux vitres. Que l'hiver est long et les journées grises ! Emprisonnée dans la plus haute tour, détenue ici par ses propres parents, le roi et la reine, elle rêve de grandir pour enfin voir ce qu'il y a dans les tiroirs du dessus sans monter sur une chaise.

Dans le château, elle est seule à ne pas savoir lire, et son enfermement n'en est que plus cruel. La plupart des activités des autres lui sont interdites. Même Cendrillon était utile... Quand la princesse d'un mètre dix passe les chaussures de son frère sous le robinet, elle se fait encore punir.

Le soir, après l'école, personne ne s'occupe d'elle. Elle joue seule, et elle est priée de le faire sans bruit. Les autres travaillent, il ne faut pas les déranger. Alors elle change de costume. Elle troque la robe de princesse contre l'habit de diablesse qui lui va comme un gant trop petit. Elle profite de l'absence des autres pour fouiller dans leur chambre et braver les interdits.

Vient enfin l'heure de manger. Encore de la soupe. Elle en a marre. Elle parle et coupe la parole à tout le monde. Elle change de sujet. Son seul pouvoir dans la maison est de perturber les autres et elle en abuse.

La princesse d'un mètre dix a bien trop soif de liberté pour rester. Un jour, elle s'en ira et laissera le royaume vide et triste. Ses pleurs et ses cris ne résonneront plus dans les trop grandes salles du château. Alors seulement, le roi et la reine regretteront de ne pas avoir pris le temps...