Et le tout pour 20 euros seulement la place. La Foire aux vins de Colmar accueille chaque année une tripotée d'artistes qui viennent jouer sous un amphithéatre couvert mais non fermé. J'y avais déjà vu il y a quelques années Eagle Eye Chery / De Palmas, et cette année, regrettant de ne pouvoir assister au concert de Raphael (j'étais à 600km de là !), je me suis vengé sur le double-concert Grande Sophie / Bénabar.

Je connaissais assez peu les deux artistes, n'ayant eu qu'un seul de leur album entre les mains. Je n'avais gardé de la Grande Sophie que deux chansons ("Du courage" et "Devenir grand"), le reste ne m'ayant pas attiré l'oreille plus que ça. Par contre, j'avais bien aimé Bénabar, comme je l'ai déjà dit ici, bien que le style musical un peu trop cuivré ne soit pas ma tasse de thé.

J'avais entendu de très bons échos des concerts de la Grande Sophie, et Bob m'avait encouragé à voir Bénabar en concert, je partais donc certain de passer une bonne soirée.

La Grande Sophie
Personnellement, j'ai un peu du mal à apprécier les concerts quand je ne connais que peu les chansons originales. J'ai donc été plutôt déçu par ce concert. Il y a de l'énergie qui se dégage, quelques tubes, du talent indéniable, mais c'est un poil trop rock pour moi, et je n'ai pas réussi à rentrer dans le jeu de l'artiste, qui pourtant donne de sa personne.
J'ai regardé ma montre plusieurs fois, me suis amusé de la pluie violente qui s'est abattue sur les gradins qui n'étaient pas à l'abri et dont j'aurai pu être l'occupant à une dizaine de minutes près.
A noter le courage de la Grande Sophie (est-ce de là que vient la chanson ?) qui n'a pas hésité à se jeter dans la foule pour se faire transporter jusqu'au milieu de la salle par des mains aussi rugueuses qu'impolies, j'imagine.

Bénabar (attention, contient des spoilers pour ceux qui envisagent de voir ce concert)
Après deux heures assis sur du béton vaguement recouvert par une planche, et un premier concert plus ou moins intéressant, je craignais le pire en voyant débarquer les instruments qui accompagnent Bénabar. Contrebasse, cuivres, violons :/ Ouh là, ça s'annonce plus sévère que prévu...
Puis l'artiste débarque. Ou devrais-je dire, il bondit sur la scène. Tel un ressort qui a mangé un kangourou, il déambule de part et d'autres de la scène en chantant d'abord deux chansons que je ne connaissais pas et qui ne m'ont pas laissé un souvenir mémorable. Cette espèce de zigoto qui saute partout m'a d'abord paru assez antipathique. D'abord, il n'a pas dit bonsoir au public. J'ai cru pendant les dix premières minutes qu'il allait déblatérer ses chansons puis repartir sans avoir eu d'autres effets de scène que ses sautillements nerveux et désorganisés.
Paradoxalement, la Grande Sophie, juste avant, avait mis un point d'honneur à communiquer avec le public, presque trop même, essayant de nous faire chanter à tout moment. Le contraste était étonnant.
Puis, vient "La berceuse". Et les premières véritables communications avec le public. A partir de là, le concert a pris une dimension gigantesque. Servi par une chanson fabuleuse (lisez-moi ces paroles), Bénabar introduit petit à petit une connivence incroyable avec le public. Quand je dis "incroyable", je pèse mes mots. Bénabar le chanteur, devient d'un coup un showman comme j'en n'avais jamais vu. Le public boit ses paroles et éclate de rire à chaque fin de phrase. Les choeurs sont utilisés à contre-emploi, soulignant les paroles les plus vulgaires de la chanson (comme "Bordel", ou "arrêtes de nous faire..."). Bref, c'est ... magistral. Et tout le reste du concert sera dans la même veine.

Bénabar prend un malin plaisir à taquiner le public sur ses qualités vocales, sur la Province ("On fait des efforts monstrueux pour amener un peu de culture dans les coins reculés de France, en Lorraine", faisant gueuler tous les Alsaciens...), et puis il sort ses chansons les plus drôles, puis embraye avec les plus tristes, passant en deux minutes de la crise de rire aux larmes aux yeux.
J'ai apprécié des chansons que je ne connaissais pas "Quatre murs et un toit", "Adolescente", "Les épices du souk du Caire", ... Je me suis petit à petit habitué à la chorégraphie... particulière du bonhomme et aux arrangements cuivrés, et ce fut déjà la fin.
Rappel.
Bénabar revient, seul au piano (il n'a pas encore joué d'un instrument depuis le début).
Il prend un air grave et nous dit "Je vais maintenant aborder un sujet de société tragique,..." Il en rajoute un max sur le côté sérieux de la chose, puis finit par dire : "La pierrade".
Une chanson inédite, dont je ne peux malheureusement pas vous trouver les paroles, mais c'est à se pisser dessus. Il introduit la chanson en expliquant que Darty fourmille d'ustensiles de cuisine aussi inutiles qu'indispensables. La yaourtière, le robot pour hacher la viande... Et qu'on lui avait offert une pierrade, et qu'il fallait vraiment avoir un mauvais fond pour offrir ça !

La chanson parle en fait d'une scène de ménage, après une pierrade entre amis. La viande était cramée, l'homme s'est un peu moqué pendant le repas devant les amis, elle fait la gueule. Il y a là-dedans des phrases qui pourraient être dans un sketch de Bigard. Sauf que ça rime, et la poèsie du texte ne s'arrête pas à la rime. On hésite entre rire et pleurer.
"Demain il fera jour, la fumée sera dissipée, si elle se dissipe un jour".
"Faut changer la moquette, lessiver les rideaux... Dans 100.000 ans, le dernier homme sur terre se dira : mais putain qu'est-ce que ça sent ?".

Evidemment, hors contexte et sans le talent, ça sonne moins bien, mais il faut le voir pour le croire.

En résumé, un des meilleurs concerts que j'aie eu l'occasion de voir. Vraiment. Courez acheter des places pour les dernières dates, s'il en reste.